:)
21 Avril 2015

Gavin Harrison

Cheating The Polygraph

par Florent Canepa

L’aventure de Gavin Harrison arrive au moment même de l’annonce du hiatus de Porcupine Tree par son principal instigateur, Steven Wilson. En effet, il n’est pas sûr que nous ayons des nouvelles de sitôt du groupe, le génie britannique préférant se focaliser (avec brio, certes) sur sa croisière en solitaire. Le talentueux batteur nous avait quant à lui déjà ébloui avec des batifolages comme son association avec 05Ric ou lorsqu’il a fièrement rejoint les rangs du légendaire King Crimson pour une tournée se soldant par le Live At The Orpheum. Différentes apparitions plus tard (dont une avec The Tangent ou les prometteurs iamthemorning), le voici donc à la tête d’un concept pour le moins intriguant : reprendre des classiques du groupe qui l’a fait connaître en réorchestrant le tout sous format big band.

Alors, redite futile ou innovation artistique ? Le moins que l’on puisse dire est que les titres ont clairement subi un lifting non seulement dans la forme, dans l’esprit, mais aussi la structure. Laurence Cottle (l’acolyte bassiste) et Gavin Harrison ont en effet décidé d’offrir quelque chose de neuf et non pas de remplacer tel riff de guitare par telle ligne de saxophone ou de trompette. Si certains passages sont reconnaissables entre mille par leur force mélodique (« The pills I’m taking », extrait de Fear of a blank planet, toujours même si différemment frénétique), le ré-arrangement rend la nature et la couleur des morceaux inédites. « Heartattack in a layby » est méconnaissable et semble tout droit sorti de la bande originale d’une série policière des années soixante, à cent lieux de l’introspection au piano que nous connaissons. Le fantastique « Sound of Muzak » est passé à la moulinette jazz-cubaine, assemblé avec « So Called friend » et au final déstructuré sous la forme d’un mash-up délirant et fougueux. C’est d’ailleurs le cas de plusieurs titres de l’album pour lesquels deux compositions sont articulées en une seule comme l’accouchement né d’une copulation improbable. Il faut rendre hommage à la force des cuivres (l’élément saillant du disque, parfois plus que la batterie elle-même comme sur « The start of something beautiful »). Les priorités aussi s’inversent : la colonne vertébrale en forme de basse du « Hatesong » original se mue ici en moelle épinière faite de xylophone ou de bois.

Moins fou que Frank Zappa, plus familier que la musique de Justin Hurwitz pour Whiplash, Cheating the polygraph apporte définitivement quelque chose de nouveau et différent au regard des titres d’origine. L’album n’est ni un pamphlet racoleur ni une audace de tous les instants, mais sans doute un équilibre entre les deux comme lorsque Dave Grusin revisitait West Side Story. Un exercice de style sympathique un peu sessioniste mais diablement bien chorégraphié et qui permet au passage au label KScope d’élargir ses gammes.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir