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23 Février 2015

Philippe Gonin

Pink Floyd - The Wall

par Jean-Philippe Haas

Alors qu’on ne s’y attendait plus trop, la Pink Floyd mania connaît une réminiscence avec la sortie vaguement controversée de The Endless River. Aymeric Leroy avait consacré un essai au légendaire groupe britannique en 2009 chez Le Mot et le Reste. Philippe Gonin, auteur d’un ouvrage sur Magma chez le même éditeur, s’attaque aujourd’hui à l’analyse de The Wall. Sans connaître le succès phénoménal de The Dark Side of The Moon, le double album conceptuel n’en est pas moins l’une des œuvres les plus importantes du rock du vingtième siècle et aura largement dépassé son aïeule du point de vue artistique, tant ses ramifications et conséquences furent nombreuses.

Ce disque fut à l’époque le fruit de l’unique force créatrice - Roger Waters – d’une bande de jeunots qui se retrouvaient soudainement dans le star system, mais en panne d’inspiration et quasiment ruinés. Puis il fut l’étoile d’un système démesuré autour duquel gravitèrent des spectacles hors du commun et un film qui ne l’est pas moins. Les dommages collatéraux furent nombreux, et surtout relationnels. Philippe Gonin se veut exhaustif dans son approche du phénomène et traite The Wall sous tous ses aspects, du contexte dans lequel l’album a germé jusqu’à la tournée 2010-2013 de Waters. Avec toute son expertise de guitariste musicologue, il nous livre une grille de lecture très documentée, à la fois accessible et pointue, destinée autant au fan et au musicien qu’au simple curieux (qui sautera peut-être les considérations plus techniques). Il ne s’arrête évidemment pas au disque (dont chaque titre est minutieusement analysé en regard des textes et de la musique), mais s’intéresse à tout ce qui l’a accompagné : la difficile genèse, les conflits internes, la tournée, le film d’Alan Parker, le sort de Pink Floyd à l’issue d’un succès aussi important que dévastateur, et les multiples incarnations du mur après la séparation… Malgré une évidente admiration pour l’œuvre, Gonin n’est pas tendre avec le groupe et réussit à rester assez lucide sur The Wall, et notamment les deux égos surdimensionnés de Gilmour et Waters, ce qui évite l’écueil de l’hagiographie. L’analyse est solide, les avis personnels soigneusement argumentés. De nombreuses sources viennent étayer le propos, ce qui évitera peut-être aux pinailleurs de tout poil de se manifester cette fois-ci…

Ce guide fort instructif (y compris pour les mordus de Pink Floyd) et très pédagogique (au point qu’il nous donnerait presque envie de revoir le film assommant de Parker) se déguste confortablement installé au fond d’un canapé, avec le disque en accompagnement, joué sur une installation digne de ce nom. On l’écoutera de préférence en version CD remastérisée, pour bien profiter de tous les petits détails succulents évoqués dans le livre, tout en ayant à portée de main la pochette au format 33 tours, pour les mêmes raisons.

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