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10 Décembre 2014

Mark Turner Quartet

Lathe of Heaven

par Jean-Philippe Haas
dans

Lathe of Heaven est un roman de science-fiction d’Ursula K. Le Guin, paru en 1971, dans lequel les rêves du héros influent sur les événements du monde réel. Le saxophoniste Mark Turner (co-fondateur du trio Fly et sideman très recherché ces dernières années) s’en est inspiré pour son second album sous son nom, le premier pour ECM, treize ans après Dharma Days. Accompagné par une bien belle brochette de musiciens (Avishai Cohen, Joe Martin et Marcus Gimore), il confirme sur ce disque la versatilité de son jeu et sa capacité à composer du matériel original sans passer une seule fois par la sécurisante case « reprise de standards ».

L’infaillible section rythmique, qui se garde bien de trop bousculer les règles établies, propulse le duo mélodique sur le devant de la scène. Souvent unis sur les thèmes forts, la trompette et le saxophone ténor se font aussi des politesses et s’effacent tour à tour. Le jeu très souple et inventif du chef d’orchestre s’adapte à de nombreux registres, de pas chaloupés et erratiques en survols hypnotiques. Si Coltrane rôde par là, Turner a cette nonchalance imaginative qui lui est propre. Certes, la prise de risques est maîtrisée, et Lathe of Heaven ne se fait pas l’éclaireur d’une nouvelle vague mais parvient à convoquer quelques grands moments comme « Sonnet For Stevie », hommage à Stevie Wonder qui tente, selon les propres termes du saxophoniste, de capter l’essence du blues, de retranscrire ce que ce mot signifie pour lui. En l’espace de six titres, Turner rappelle qu’il n’est pas seulement l’un des saxophonistes les plus doués de sa génération – qui a peut-être négligé sa carrière personnelle un peu trop longtemps - mais aussi un compositeur capable d’aller de l’avant, faisant force de ses influences pour créer son propre style.

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