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05 Novembre 2014

Gong

I See You

par Florent Canepa

J’avais peut-être douze ans à l’époque. Avec l’un de mes meilleurs amis, on aimait s’enfermer et écouter des musiques un peu étranges, un peu planantes mais aussi foncièrement rock, sans substance à la clé (il était un peu tôt pour ça sans doute). Je me souviendrai toujours du jour où il a brandi, fier comme Artaban, le vinyle de Gazeuse et l’a posé sur la platine. Des couleurs criardes de la pochette à l’aspect fun dès l’écoute : tout ce festival psyché-jazz-rock est resté gravé dans mes oreilles et a créé dans mon cerveau l’effervescence attendue. Une petite dose d’excitation accompagne ainsi toujours une nouvelle livraison des space rockers. Et puis, un peu à la manière d’un King Crimson, l’héritage est sauf car sa tête pensante (David Aellen, épaulé par son fils à la batterie et à la production) fait encore et toujours partie de l’aventure.
Pourtant, il ne faut pas remonter bien loin pour trouver la dernière trace discographique du groupe.2032 faisait très bonne figure en 2009 et on pouvait se réjouir du fait que l’ensemble avait vraiment de beaux restes. Premier constat en 2014 : les fans de la reformation très seventies du précédent opus risquent d’être un peu déçus : exit Steve Hillage ou Didier Malherbe. Mais, mais : des invités du passé ont embarqué dans le vaisseau délirant tel que le chuchoteur de l’espace (sic) Gilli Smyth (parti à l’époque dans l’aventure Mother Gong) ou encore le claviériste Mark Robson sur « Thank You ». Cela nous donne d’ailleurs une première indication sur l’orientation de l’album. Même si la part instrumentale est toujours bien dominante, le vocal n’est pas en reste car les scansions sont plus que récurrentes. Même si elles se limitent parfois à un mot et sont de l’ordre du rythmique (« Occupy »). Toujours très amoureuse des sonorités orientales hallucinées (le riff déstructuré de « When God Shakes Hands With The Devil »), la bande des gnomes nous propose son lot de bizarreries dans lesquelles la basse, la flûte ou le saxophone se tissent une place de choix, soutenus par une infatigable guitare aux arpèges changeants. Ce qui marque globalement à l’écoute de l’album est la production si fidèle à l’esprit d’autrefois. Ici point de loudness war ou autre sur-saturation : le mixage offre une place décente à tout le monde avec un bon point pour la basse qui arrondit et remue l’ensemble. Fiston respecte le travail de Papa !

C’est toute la mythologie Gong-esque qui reprend vie une fois encore avec I See You. Petit bémol sur les deux dernières pièces plus longues et forcément un peu plus difficiles à digérer. Mais le pouvoir chamanique opère toujours : il offre des délires psychotiques faisant passer Primus pour des garçons de bonne famille (« You See Me »), des moments placides où l’on plane littéralement (« Zion My T-shirt »), des excitations fun et funky et bien entendu du pur space-rock, promesse d’un voyage stellaire (« The Eternal Wheel Spins »). A propos de voyage, ce qui est sûr c’est que la date de rencontre entre la Terre et la planète Gong est fixée à 2032 : on risque donc d’entendre parler des austr-aliens encore un moment !

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