coup de coeur
24 Octobre 2014

sleepmakeswaves

Love Of Cartography

par Florent Canepa

Sleepmakeswaves avait fait son entrée sur la scène post-rock, de façon plutôt majestueuse il faut bien le dire, avec un ...and so we destroyed everything réussi, suivi par un album de remixes intéressant. Les Australiens remettent le couvert pour ce que l’on pourrait qualifier de frange la plus accessible du post-rock, un canevas sonore construit autour de véritables mélodies comme le prouve d’entrée le bien nommé « Perfect Detonator ». Pas de démonstration bruitiste ou de déferlante trop expérimentale et hermétique : Sleepmakeswaves est au contraire très sûr de son potentiel harmonique.

Totalement instrumental, cet amour de la cartographie place tout de même les boussoles musicales qui font que l’on ne s’y perd pas trop. On pense parfois à The Pineapple Thief ou The Moon Seven Times (« Traced In Constellations »). Tous les morceaux vibrent de cette énergie emphatique positive là où Mogwai sombre souvent dans la dépression (de bon goût, s’entend). Et même lorsque l’atmosphère se fait plus mélancolique (« A Little Spark » ou le titre de clôture), on a envie d’y croire, pas de pleurer. L’autre chose qui distingue le groupe de ses collègues du genre est le fait qu’il n’y insère pas autant d’évolutions au sein des morceaux côté tempos et rythmiques : en lieu et place d’une route sinueuse, le groupe attaque son propos dès l’ouverture. Cela n’empêche pas le quatuor de varier les ambiances de titre à titre comme le prouve très vite l’aérien « Emergent ». A la tête du son : Alex Wilson, célèbre pour son travail avec Rage Against The Machine ou Pearl Jam, mais aussi très investi dans les espoirs locaux et amis comme Karnivool. Difficile d’imaginer meilleure enveloppe pour The Love of Cartography : des saturations à la limite du spectre jusqu’aux petits ajouts électroniques – bruitages et autres nappes – tout est parfaitement exprimé. C’est ce son ou plutôt cette déflagration positive qui donne aussi toute son identité à Sleepmakeswaves, entre arpèges cosmiques, rythmiques lourdes et pickings astucieux (« How We Built The Ocean », probablement un des meilleurs titres du disque).

Alors bien entendu, il y a un pas franchi vers plus d’accessibilité : « Great Northern » ne dépareillerait pas sur un album de 30 seconds to Mars avec la voix de Jared Leto en grand propulseur d’énergie lumineuse. Doit-on s’en plaindre ? Pas forcément lorsque les crescendos sont puissants et l’incandescence aussi radieuse. Il est vrai que l’on pourrait facilement imaginer une voix venant soutenir les efforts instrumentaux (c’est flagrant sur le single « Something Like Avalanches » où l’on perçoit ce qu’aurait pu apporter un élément plus organique). Mais c’est un parti pris artistique qu’il est difficile de reprocher en l’occurrence. Comme chez les compères de God is An Astronaut, le rock se conjugue en mode stellaire et c’est sans ciller que l’on enfile sa combinaison pour suivre la supernova, une heure durant, en apesanteur.

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