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20 Octobre 2014

Scott Radway

Heathens

par Jean-Philippe Haas
dans

Avec Now Soon Nowhere, Scott Radway nous avait habitués à un rock débridé, puisant aussi bien dans le jazz que dans le metal ou l’ambient. En solo, sa musique se faisait encore un brin plus expérimentale. Rien ne laissait donc supposer le changement de direction qui s’est produit en 2012, lorsque l’Américain de Philadelphie s’est tourné vers quelque chose de beaucoup plus accessible, un art rock nerveux à la plastique franchement pop parfois. A Former Ghosts, son premier essai dans le domaine, succède aujourd’hui Heathens et il faut reconnaître que le gars s’y connaît pour, mine de rien, composer des titres à la fois accessibles et néanmoins sacrément chiadés, un peu comme le faisait feu Kevin Gilbert, avec la même touche typiquement américaine et tout ce qu’elle contient de heavy rock et de sonorités country.

Comme à son habitude, Radway accomplit la plus grande partie du boulot de composition et d’interprétation, mais n’hésite pas à déléguer un peu pour tout ce qu’il ne maîtrise pas : le saxo est tenu par Jon Radway (le frangin ?), Rich Banister s’occupe de la basse la plupart du temps et Brett Kull (Echolyn) produit l’ensemble tout en plaçant quelques parties de guitare et autres voix, lesquelles font immanquablement penser à son propre groupe. C’est probablement une coïncidence, mais une partie du disque évoque furieusement la signature sonore des Australiens de Midnight Oil de la première époque, antérieure à Diesel and Dust. C’est particulièrement flagrant sur « The Walls of Asylum » ou « Let It Go » et carrément bluffant sur « Lark and the Loon ». Peut-être cela vaudrait-il le coup d’en toucher un mot à Radway… Quoiqu’il en soit des références réelles ou supposées qu’on retrouve sur Heathens, il contient un bon paquet d’harmonies vocales soignées et de refrains calculés pour une accroche rapide, sans pour autant donner dans la facilité : l’americana côtoie à la fois les grosses guitares et les orchestrations soignées de la pop, avec son lot de claviers vintage et de chœurs. On trouve même des traces de reggae (« Drop In The Ocean ») et un final grandiloquent tout à fait classic prog (sur « Out of The Pan »).

Très imprégné par la musique US, Heathens pourrait être classé à côté de Thud du précédemment cité Kevin Gilbert. Malgré ces influences dominantes, il n’en est pas moins coloré et parfumé comme un minestrone, nerveux et musqué comme un étalon, et peut facilement s’écouter en boucle lors d’une soirée virile où quelques filles pas trop bêcheuses – pour le côté délicat et subtil – seraient néanmoins acceptées.

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