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15 Octobre 2014

Dream Theater

Breaking The Fourth Wall - Live From The Boston Opera House

par Jean-Philippe Haas

Un concert de Dream Theater, c’est toujours un peu l’auberge espagnole bondée, bruyante et décorée avec un goût douteux… mais accueillante, au demeurant. Ce Breaking The Fourth Wall ne fait pas exception à la règle, d’autant qu’il a été enregistré à Boston, ville du prestigieux Berklee College of Music où le groupe fut fondé par Petrucci, Myung et Portnoy (et accessoirement où Mangini occupa un poste d’enseignant dans les années deux mille). Les deux John jouent chez eux, et ils en ont profité pour mettre à contribution les étudiants admiratifs de leur ancien bahut. Il s’agit donc d’un spectacle un peu particulier, dont la sortie a été déclinée sur de nombreux supports : Blu-Ray, triple CD, Blu-Ray + triple CD, Double DVD, … la présente chronique se base sur cette dernière version.

Un petit film d’animation un brin kitsch, qui nous fait voyager à travers les pochettes d’albums, introduit le show capté en mars 2014 au Boston Opera House. Pas de surprise pour l’ouverture, c’est « The Enemy Inside » qui s’y colle, efficace single officiel du dernier album éponyme. Le reste de la playlist, hormis les titres des trois derniers disques, réserve par contre quelques surprises : « Trial of Tears », tiré de Falling Into Infinity, et surtout, une célébration des vingt ans d’Awake. Les Américains se devaient de marquer le coup, et ils n’y ont pas manqué : « The Mirror », « Lie », « Lifting Shadows of A Dream », « Space Dye Vest »… on applaudit à deux mains, mais… où se trouve donc LA trilogie incontournable écrite par Dream Theater, « A Mind Beside Itself » avec « Erotomania »/ » Voices »/ « The Silent Man » ? Peut-on décemment occulter cette pièce maîtresse dans un hommage à l’un des plus grands albums de prog metal jamais composé ? Les derniers arrivés n’y verront sans doute que du feu, mais ceux qui ont été initiés à la musique des Maîtres au début des nineties risquent de faire la moue… Ils trouveront peut-être une compensation dans le rappel, avec quelques-uns des meilleurs moments de Scenes From A Memory, même si, là encore, l’absence de titres comme « Home » se fait cruellement sentir. Mais ne jouons pas les rabat-joie, et reconnaissons que Dream Theater a mis beaucoup de moyens et de bonne volonté dans cette production, même si sa pertinence, si peu de temps après la sortie de Live at Luna Park, pourrait par ailleurs être débattue. Les musiciens ont beau avoir vieilli, parfois changé physiquement – à l’image du barbu bodybuildé qu’est devenu Petrucci – ils restent intouchables. Quant aux déficiences passées de James Labrie, elles sont de l’histoire ancienne; on sent qu’il a sérieusement préparé ce show et reste tout à fait à l’aise, même sur les parties très ardues d’Awake.

Il n’y a que peu de reproches à faire à ce film, qu’il s’agisse du point du vue sonore ou côté images. Les prises de vue au plus près des musiciens – et de leurs membres parfois : doigts, pieds, mains… - alternent avec des plans larges, en plongée et contre-plongée, le tout de manière assez dynamique sans être épileptique. Le son est aussi clair que massif, le mixage stéréo équilibré, quoiqu’il ne rende vraiment hommage ni à l’orchestre ni à la chorale du Berklee College qui accompagne le quintette, excepté lorsque ce dernier ne joue pas ! Quoi qu’il en soit, il faut au moins un home cinema digne de ce nom pour apprécier pleinement la performance. On pourrait même pousser le vice jusqu’à dire que tout cela est presque trop parfait… peut-être pour masquer le perpétuel côté statique des prestations de Dream Theater ? Les clips qui illustrent le concert sur écran géant sont-ils censés donner un peu le change, comme la présence d’un orchestre et d’un chœur ? On a la désagréable impression qu’il s’agit d’abord de soigner le décorum et non d’apporter une réelle plus-value à l’ensemble, comme sur « Illumination Theory », ce monstre un peu bancal de plus de vingt minutes, dont le final ultra-grandiloquent déclenche une hystérie collective dans le public. Mais Dream Theater est au prog metal ce que Yes était au prog rock : un groupe un peu mégalo, qui flirte parfois avec le ridicule. La bande à Anderson avait Wakeman et ses capes dorées, Wakeman cerné par ses instruments. Celle de Petrucci a Rudess et son clavier pivotant, Rudess et sa Zen Riffer Solo Axe. Et la batterie surdimensionnée de Mike Mangini. Finalement, on a évité les effets pyrotechniques et l’arrivée sur scène de Petrucci par les airs…

On ne se fait guère de souci, les Américains peuvent encore continuer ainsi une bonne décennie, et avec succès, grâce à une fan-base énorme, dévouée, et à un fonds de commerce propice à toutes les déclinaisons possibles. C’est d’ailleurs tout ce qu’on leur souhaite. Côté créativité, il faudra repasser, mais le but de cette chronique n’est pas d’aborder cet aspect-là. Ce film est formellement très bon, il régalera les jeunes fans, un peu moins les vieux. Selon que vous soyez d’un côté, de l’autre, ou entre les deux, et que votre porte-monnaie vous le permette encore, il ne vous reste plus qu’à faire votre choix.

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