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13 Octobre 2014

Emile Parisien Quartet

Spezial Snack

par Jean-Philippe Haas

Une signature chez ACT traduit souvent une prise de galons, une preuve, en quelque sorte, qu’on est enfin reconnu à une échelle internationale. Non pas que Laborie soit un acteur mineur de la scène jazz, bien au contraire, mais la maison de disques allemande bénéficie d’un prestige qui rejaillit directement sur ses artistes. Yaron Herman a suivi le même chemin, passant du label limousin qui abrite entre autres Anne Paceo au bercail de Tonbruket, E.S.T., Pierrick Pédron et Manu Katché. C’est donc sous l’un des plus beaux étendards du jazz contemporain qu’Emile Parisien Quartet signe son quatrième disque, Spezial Snack.

Chacun des membres a composé au moins un titre, ce qui est déjà l’assurance que l’album sera tout sauf linéaire, et aussi, il ne faut pas s’en cacher, qu’il y aura un peu de tirage de couverture à soi : « Mazout Damnation » est mené par le piano de Julien Touéry, l’infernale rythmique de « Les flics de la police » est l’œuvre de Sylvain Darrifourcq, et « Potofen » met les saxophones d’Emile Parisien à l’affiche. Seul « François » respecte les velléités de chacun sans que le bassiste Ivan Gélugne y laisse son trône pour autant. Ces tentatives de prise de pouvoir ne représentent qu’une des facettes multiples d’une musique imprévisible, créative, où le silence est un instrument à part entière et qui sinue parfois longuement sans avouer son but, mais n’égare jamais celui qui emboîte son pas. Si on devine la place prépondérante de l’improvisation dans le processus de composition, on constate tout autant la rigueur qui gouverne la progression de chaque morceau. Le cyclothymique « Haricot Guide » dévoile de façon éclatante cette bipolarité. Evoluant par petites touches, par petits motifs répétitifs, raccordés les uns aux autres par d’improbables pirouettes, on se demande bien comment ce titre réussit à tenir debout. Et pourtant, il ne titube même pas et, fier du joyeux bazar qu’il provoque, avance fièrement le long de dix minutes d’un savoureux collage expressionniste.

En définitive, une composition d’Emile Parisien Quartet, c’est un peu le sentier semé de cailloux blancs du petit Poucet : on ne sait plus trop par où on est passé, mais on finit toujours par arriver à bon port. Spezial Snack déroute et surprend autant par les chemins non balisés qu’il utilise que par sa faculté à convaincre le promeneur de les emprunter, pour un plaisir final insoupçonnable.

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