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26 Septembre 2014

Mekong Delta

In A Mirror Darkly

par Jean-Philippe Haas

En 2010, The Wanderer on the Edge of Time laissait présager un retour en grande forme pour Mekong Delta, après un Lurking Fear (2007) décevant. Ralph Hubert a pris son temps pour composer ce In A Mirror Darkly. Entre-temps est sorti Intersections, recueil de titres réenregistrés, issus de la « grande » période du groupe. Un album initiatique réellement intéressant lorsqu’on ignore tout de Mekong Delta.

Autour d’une formation à peu près stabilisée depuis The Wanderer on the Edge of Time, Hubert construit un heavy metal rapide infusé au thrash, à base de riffs saccadés et de double pédale, de breaks innombrables et de structures complexes. Les fréquentes références à la musique classique ont par contre quasiment disparu, probablement au grand dam de ceux qui considéraient cette particularité comme une composante indissociable du groupe. Après une introduction typique à la guitare acoustique, l’atmosphère est posée, et les guitares entrent en action. Alors que « The Armageddon Machine », « Hindsight Bias » et « Mutant Messiah » correspondent tout à fait à ce qu’on peut attendre des auteurs de Dances of Death, « Janus » ou « The Silver in Gods Eye » portent une véritable ambition progressive qui va au-delà de la simple démonstration technique. Le second de ces titres adopte par ailleurs un port plus heavy, en particulier au chant. Lent et pesant, loin des habituelles galopades effrénées, il conserve toutefois une caractéristique commune à toutes les compositions du groupe : les ambiances inquiétantes chères à Hubert. Des instrumentaux furieux, (« Ouverture », « Inside the Outside of the Inside »), peut-être un peu éprouvants pour qui s’attendrait à des mélodies faciles, viennent relever ce cocktail de guitares sauvages.

Il n’est pas certain que In A Mirror Darkly « trouve son public » comme le dit la cynique formule, car les clients potentiels, à l’instar de ceux de proches parents comme Voivod ou Fates Warning, ne sont plus aussi nombreux qu’il y a vingt-cinq ans. Une certitude demeure : Mekong Delta produit aujourd’hui quelque chose d’unique, bâti sur les vestiges d’un thrash véloce, certes passé de mode, mais dynamisé par une technique flamboyante et sous-tendu par une narration et des atmosphères tout à fait particulières. Il serait dommage pour un jeune amateur de métal de ne pas s’être essayé au moins une fois à cette musique aujourd’hui marginale.

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