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26 Septembre 2014

Sólstafir

Ótta

par Florent Canepa

Trois ans après Svartir Sandar sorti sur le recommandable label Season of Mist, les Islandais de Sólstafir reviennent avec le très réussi Ótta qui brouille les frontières entre folk, post-rock et impulsions orchestrales. Fort d’un pied ferme sur la pédale d’expression du piano, d’une distorsion lancinante et d’une batterie souvent tribale, le clan du Nord possède cette énergie maîtrisée qui permet de se dire sereinement qu’il ne sera jamais à court d’idées. Ne soyez pas effrayés si vous n’avez pas étudié l'Islandais en première langue à l’école (qui pourrait vous le reprocher, d’ailleurs ?). Certes, nous allons tous passer à côté des textes mais la fluidité et la probité de la langue (à l’image du Finnois qui se prête si bien à différentes formes d’expressions musicales) nous permettent de faire la traversée et de l’apprécier sans problème. En outre, l’album qui nous occupe fait référence à un classique de la littérature américaine pour le coup, Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway (en témoigne la très belle pochette de Ragnar Axelsson). L’album suit aussi le court d’une journée, de l’aube au crépuscule, d’où la présence de morceaux plus rock et mordants en son cœur (« Miðdegi », « Nón », carrément metal).

Sólstafir atteint des sommets sur le morceau titre qui est sans doute le plus réussi de l’album, du haut de ses dix minutes. Symphonique, majestueux et progressif, il permet de donner à écouter ce que le groupe sait faire de mieux, avec même une allure country folk où la guitare banjo se taille une petite part en forme de ritournelle. C’est sans doute dans ces moments que l’on visualise le plus l’aspect « cow-boys » du groupe. La voix de Aðalbjörn Tryggvason est toujours aussi appréciable et le temps du black metal est naturellement révolu. Le chant clair fait parfois penser à celui de Jon Crosby (VAST), ou même à Bertrand Cantat (« Rismál »). Au pays de Björk, Sólstafir est finalement une bonne alternative aux auditeurs qui se seraient lassés de la linéarité d’un trop calme Sigur Rós. Plus dynamique, Sólstafir louche sur New Model Army et ses habits folk légèrement punk (« Dagmal » ou « Náttmál » en miroir de l’album The Love of Hopeless Causes des Anglais). Profondément mélancolique mais aussi euphorique dans ses volets plus offensifs (« Nón »), Sólstafir trace un trait entre rock et post-rock, ce qui donne presque à l’analogie avec Muse, que l’on peut lire dans la presse, un côté réducteur. En mode ballade contemplative (« Miðaftann »), alors que la nuit approche, le beau se transforme en sublime. Ésotérique sans être sibyllin : finalement, jamais voyage près de l’Arctique n’aura été aussi agréable et chaleureux.

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