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23 Septembre 2014

Various Artists

The Best of 2 Days Prog+1

par Jean-Philippe Haas

A l’image du festival Crescendo en France, le 2 Days Prog+1 de Veruno - petite bourgade italienne du Piémont proche de la frontière suisse - accueille chaque année au début du mois de septembre la crème du rock progressif classique pour trois jours de concerts gratuits. Les Français de Lazuli avaient ainsi foulé les planches de l’événement en 2012. En 2013, c’est Elora qui représentait l’Hexagone, en compagnie notamment de Neal Morse, Haken, Three Friends et Curved Air, mais aussi de formations italiennes comme les excellents La Coscienza Di Zeno. Deux DVD bien remplis témoignent de cette grande fête du prog’.

La première journée débute avec les prestations de deux groupes transalpins. Mirrormaze a pour lourde tâche d’ouvrir le festival devant un public clairsemé. Plus que convaincant, le chanteur Fabio D'Amore ne parvient toutefois guère à transcender le metal prog assez conventionnel de son groupe, pas plus que Soul Secret dans un registre fort similaire. Bien rôdé, le show de Galahad profite de la nuit et attire des spectateurs supplémentaires. Les quatre titres présentés ici sont issus de disques récents, moins orientés néo. Mais c’est incontestablement et comme on pouvait s’y attendre le concert de Neal Morse, maîtrisé en tous points qui constitue l’attraction de la journée. Rompu au live, l’ex Spock’s Beard a un don naturel pour conquérir l’audience et il y réussit encore une fois avec l’assistance piémontaise.

Le second jour s’ouvre sur les Italiens de La Conscienza Di Zeno, auteurs en 2013 du très appréciable Sensitivitá. D’habitude plutôt versé dans le classic prog’, le groupe propose ici un titre vigoureux, qui met en lumière les qualités vocales d’Alessio Calandriello, chanteur également de Not A Good Sign. Elora, dans un registre proche de celui de Lazuli, reprend « Désert » tiré de leur premier EP et « Se taire », du récent Crash. Il manque peut-être encore un peu de charisme aux Marseillais pour haranguer les foules, mais Elora est incontestablement l’un des espoirs français du genre. Visiblement très attendu, Haken gagne sans difficulté l’enthousiasme du public avec notamment le volumineux « Celestial Elixir », tiré d’Aquarius et véritable digest du talent des Britanniques : virtuosité, mélodies, efficacité. Three Friends termine cette seconde soirée en beauté ; les trois titres de Gentle Giant sélectionnés arracheront sans doute quelques soupirs aux nostalgiques du plus original et ambitieux des groupes d’Outre-manche. S’il ne reste que deux des musiciens originaux (Gary Green et Malcom Mortimore), Mick Wilson des 10cc s’en sort plutôt bien dans le rôle de Derek Shulman, surtout sur le très ardu « Free Hand ». Une prestation chaleureuse et fort applaudie comme il se doit !

Psycho Praxis prend le relais le lendemain avec son prog typiquement italien, extrêmement nerveux par moments. Quelques problèmes techniques gâchent un peu un joli morceau plein de sons vintage et de flûte, mais leur premier album Echoes from the Deep, paru en 2012, vaut qu’on y jette une oreille. Les jeunes Suédois de Moon Safari enchaînent avec une performance parfaitement maîtrisée où les mélodies et harmonies vocales font mouche. Le groupe connaît bien son sujet et démontre une aisance sur scène assez remarquable. Quant aux vétérans de Curved Air, qui viennent de sortir North Star après presque quarante années sans pour ainsi dire avoir composé de nouveaux titres, ils ont encore des choses à raconter, et en particulier Sonja Kristina au chant et Paul Sax au violon. La formation ayant vécu une existence en pointillés pendant de longues années, c’est probablement une découverte pour la plupart des spectateurs. Il échoit à Alan Sorrenti de clore le festival, et eu égard à ses débuts dans le rock progressif, la présence du musicien italien, plus connu comme chanteur de variétés, se justifie sans doute. Pas désagréable, son crochet n’en contraste pas moins avec le reste de la programmation.

Pas d’artifices, pas d’Auto-Tune, ni gros moyens, ni overdubs, les concerts sont bruts de décoffrage, avec les charmes ainsi que les défauts techniques et humains inhérents au périlleux exercice de la scène. Les prises de vue sont toutefois variées, bien que pas toujours maîtrisées. Le mixage aurait mérité un peu d’attention supplémentaire et de menus défaut auraient pu être corrigés sans dénaturer pour autant les prestations. Mais ne boudons pas le travail des passionnés qui même au pays du prog ont sûrement connu les difficultés habituelles pour monter ce projet anti-commercial par excellence. L’achat de ce double DVD au prix modique permettra d’apporter un soutien à la cause. Ce genre de festivals, gratuits et accessibles à tous, mérite d’être aidé, rien que pour son côté « dispensateur de la bonne parole ». En 2014, l’affiche sera une fois de plus alléchante, avec entre autres Spock’s Beard, Leprous, PFM et Änglagård. On souhaite à cette belle initiative de continuer à vivre aussi longtemps que possible dans un contexte encore bien hostile à tout ce qui n’est pas mainstream et générateur de recettes conséquentes.

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