coup de coeur
19 Août 2014

SepticFlesh

Titan

par Maxime Delorme
dans

Depuis le retour sur le devant de la scène metal en 2007, SepticFlesh n’a fait que surprendre son auditoire. Rappelons les faits pour les lecteurs non-avertis de Chromatique. Forte d’une demi-douzaine d’albums s’inscrivant clairement dans une lignée death-metal, la formation grecque annonce une pause en 2003 après la sortie de l’acclamé Sumerian Daemons. A cette époque, Christos Antoniou, guitariste du groupe, est plongé dans les études de musique classique au London College of Music. Il se consacre pendant ce split à son projet annexe Chaostar, étrange mélange de musique électronique et de classique aux ambiances glauques et oppressantes. Le groupe annonce une reformation en 2007 avec un nouvel album Communion dont une bonne moitié des morceaux est appuyée par l’orchestre philharmonique de Prague. Le mélange est à des lieues des clichés de metal symphonique comme on peut en entendre avec les kitschissimes Nightwish et autres Within Temptation. Non, dans le cas de Septicflesh, il s’agit d’une mise en adéquation parfaite entre la violence du death metal et la force des orchestrations classiques. Le résultat est une musique, certes un brin pompier, mais époustouflante et particulièrement cinématographique, servant parfaitement les thématiques mythologiques du groupe.

Voilà donc le nouvel album, le troisième depuis la reformation. Une nouvelle fois, un titre évocateur en lien avec la mythologie : Titan. Si le précédent, The Great Mass avait pu décevoir par ses thèmes alambiqués et moins marquants que ceux de Communion, il faut reconnaître que le groupe s’est amplement rattrapé depuis. Plus sombre que ses prédécesseurs, Titan met l’accent sur le côté écrasant de la musique des Grecs. L’introduction de l’album sur « War in Heaven », annonce les couleurs, présentant une montée de cordes à la Holst suivie d’un riff destructeur secondé par les salves de batterie. La différence marquante entre Septicflesh et les autres groupes cherchant l’appui d’orchestre, c’est sa capacité même à faire ses propres arrangements. Du coup, l’effet n’est pas juste un « ajout de puissance » comme on a pu le constater sur certaines productions (S&M de Metallica par exemple), mais bien une musique unie et construite autour des axes classiques. Le rendu est, du coup, sans faille. Les envolées mélodiques de « The First Immortal », mélangées aux fils de batterie de Fotis Bernardo, ou encore l’ending épique de « Prometheus » montrent cette adéquation entre classique et metal comme aucun autre groupe n’a été capable de le faire jusqu’à présent.

Ce qui frappe chez Septicflesh, c’est la capacité du quatuor (si l’on omet l’orchestre évidemment) à suggérer des images sur la musique. A vrai dire, on imaginerait très bien une grosse production hollywoodienne ayant Titan comme bande son. Il suffit d’écouter « Dogma » pour s’en convaincre : l’alternance des guitares saturées et de cors d’harmonie donne une force incroyable à la musique. Au final, on y retrouve tout ce qui fait la grandeur épique de la mythologie greco-romaine. Une musique un peu mégalomane, un peu exagérée, mais tellement bien exécutée qu’on y revient sans cesse. Il faut aussi avouer que la production y est pour beaucoup. D’une qualité sans bornes pour un groupe de death metal, elle lie parfaitement les instruments à l’orchestre, rajoutant de la cohésion à l’ensemble.

Alors certes, les lecteurs de Chromatique n’auront pas l’habitude d’une musique si directe et franche. Mais ils pourront apprécier l’effort de mélanges entre classique et metal qui met la barre vraiment très haut, en proposant une oeuvre à la fois puissante et cinématographique. S’il s’agit d’un style probablement marginal pour la plupart des amateurs de jazz, il saura peut-être toucher ceux qui aiment le metal et la musique classique, les adeptes de mélanges détonnants, et de musique particulièrement visuelle.

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