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02 Juillet 2014

Hiromi

Alive

par Jean-Philippe Haas
dans

Jamais deux sans trois : Alive est le troisième volet de « The Trio Project », collaboration fructueuse entre Hiromi Uehara, le batteur Simon Philips et le bassiste Anthony Jackson. Enregistré live aux studios Avatar à New York, ce disque témoigne de l’interaction quasi osmotique entre trois individus qui se connaissent à présent parfaitement, et dont la synergie est telle qu'elle produit depuis 2011 des résultats supérieurs à la somme de leurs qualités respectives.

Les émotions qu’on rencontre tout au long d’une vie, tel est le fil conducteur choisi par la pianiste nippone pour composer Alive. Un concept large qui donne une grande liberté d'approches et permet de développer une vaste gamme d’atmosphères, ce qui convient totalement au jeu prolixe d‘Hiromi. En guise d'ouverture, c'est une explosion d'énergie symbolisant le miracle de la vie, le mystère et la complexité de sa création, qui embarque les musiciens dans un bouillonnement frénétique. « Wanderer » enchaîne sur un swing plus traditionnel, et ramène en son giron ceux qui étaient en train de s’éloigner, effrayés par tant de chahut, ceux préférant la sage et académique musicienne à cette incontrôlable furie qui se laisse entraîner par ses mauvaises fréquentations. Les neuf compositions déclinent en permanence ces deux tendances opposées, ne présentant le costume impeccablement coupé du docteur Jekyll que pour mieux endosser ensuite le perfecto de cuir râpé de M. Hyde. La faute à des influences fièrement revendiquées par la Japonaise, qui vont bien au-delà du jazz. Cet éclectisme agit en catalyseur d’une inspiration sans limite qui caractérise le style Hiromi, hérité des maîtres de l’improvisation comme John Coltrane ou Thelonious Monk.

Mais réduire cet album à une seule personne serait injuste, alors qu'il s'apparente davantage au labeur d'une hydre à trois têtes. Car si Jackson et Philips savent exactement quand il faut laisser la pianiste s’approprier l’espace sonore en œuvrant au mieux pour souligner ses fulgurances, ils savent aussi prendre le relais de cet ogre noir et blanc et rappeler ainsi que sans eux la route serait bien plus monotone. La frappe à la fois technique et redoutablement efficace de Simon Philips fait montre d’une incroyable polyvalence, qualité largement illustrée par la discographie hétéroclite de ce grand maître des baguettes. Quant à Jackson, il souligne et valorise, s’insinue dans les interstices et enveloppe d’un vrombissement doux ou implacable les compositions colorées de mademoiselle Uehara. Une fois n’est pas coutume, celle-ci a délaissé complètement son synthétiseur pour offrir une expérience organique où le piano règne en maître incontesté, parfois même en solitaire, comme sur le très délicat « Firefly ». Après des montagnes russes de sensations, « Life Goes On » referme le disque tel qu’il avait été ouvert, sur une puissante pulsion vitale qui traduit l’incroyable enthousiasme et l’optimisme de la toujours souriante Japonaise.

On peut considérer Alive comme un aboutissement du trio... un bouquet final ? On espère que non, même si le désir inextinguible d'horizons nouveaux pourrait bien pousser prochainement Hiromi vers de nouvelles collaborations. Dans l'attente de ce qu'il en sera, il est temps de savourer un album qui procure autant d'émotions qu'il en exprime.

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