:)
30 Mai 2014

Present

Le poison qui rend fou (réédition)

par Florent Simon

C’est en 1985 que naît le deuxième album du groupe Present et, comme son prédescesseur Triskaïdékaphobie cinq ans auparavant, il va marquer les esprits. C’est grâce à ce mélange unique de Rock In Opposition, de musique de chambre et de Zeuhl que le combo belge va ainsi asseoir sa capacité à imprègner ses morceaux d’une fibre complexe et sombre dominée par un trio piano-basse-batterie imparable. On retrouve effectivement sur Le poison qui rend fou ces rythmes hypnotiques et répétitifs, aussi bizarres que décharnés qui raviront le public du précédent album.

C’est toujours Roger Trigaux (principal contributeur à la composition) et son compère Daniel Denis, temporairement échappés d’Univers Zéro qui tiennent les manettes autour d’Alain Rochette et Ferdinand Philippot. Ce collectif délivre encore une fois une énergie plus rock et directe qu’à l’accoutumée. En témoigne la pièce-titre, totalisant les vingt minutes et divisée en deux parties, qui constitue la pièce de résistance de l’album plus mature, à base de rythmes alambiqués et de thèmes à tiroirs. Si celle-ci est passionnante de bout en bout, les deux autres morceaux « Ersatz » et « Samana » ne déçoivent pas pour autant bien qu’ils soient plus introvertis, inquiétants, et au relief plus doux.

Cette réédition de qualité est appréciable pour ses bonus nombreux. En effet, cinq morceaux enregistrés en public et totalisant le double de la durée de l’album ainsi que quelques vidéos étancheront la soif des fans ultimes. Le commun des mortels pourra quant à lui simplement passer outre ces documents à la qualité médiocre et plus difficile à absorber après l’écoute de l’album lui-même. En effet, celui-ci est déjà difficile à parcourir en entier sans commencer à ressentir lassitude ou énervement, même s’il s’agit là du propre de ce type d’oeuvre, à l’instar d’un Dun ou d’un Henry Cow: tellement compacte et débordante d’inventivité qu’il est préférable de l’apprécier en plusieurs fois.

Cet ultime album, aux sonorités rares et précieuses, représente donc une pièce majeure de l'édifice du style Rock In Opposition, alternant les genres hermétiques aux étiquettes et permettant à l’auditeur averti de se délecter. Preuve en est, Le poison qui rend fou sera aussi bien reçu que son prédécesseur, ces deux albums formant par ailleurs un diptyque indissociable. Cette oeuvre très riche ne laisse donc pas indifférent, à la fois épique, intrigante et sans concession. Cette musique est donc un véritable poison qui rend fou ou un antidote à toute la musique peu innovante et convaincante, c’est selon.

Distribué par Orkhêstra.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir