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26 Mai 2014

Änglagård

Prog på svenska - Live in Japan

par Jean-Philippe Haas

L’attribut « légendaire » n’est pas galvaudé lorsqu’il s’agit de qualifier Änglagård. Le groupe suédois possède en effet toutes les caractéristiques nécessaires :
- un rythme de production chaotique : trois albums studio seulement en plus de vingt ans et pas moins de dix-huit années qui séparent le second, Hybris (1994) du troisième, Viljans Öga (2012).
- une musique en marge, qui demande une bonne faculté d’immersion… et un moral à toute épreuve.
- un public confidentiel mais totalement acquis à la cause de ces odes mélancoliques.
- des turpitudes de personnel liées à des « divergences d’opinion ».
Seconde, voire troisème naissance du groupe, Prog på svenska - Live in Japan confirme qu’il reste encore une page ou deux de la légende à écrire avant de clore définitivement le chapitre. Témoin de cette résurrection, l'ouverture inédite « Introvertus fugu (Den asociala blåsfisken) part 1 » semble conforter l’idée que le quintette est reparti pour un tour bien qu’une partie de chaises musicales l’ait considérablement remanié dernièrement.

On a pu lire qu’Änglagård est le chaînon manquant entre Genesis et King Crimson. Une simplification pratique, certes, mais il faut bien reconnaître que sa musique, malgré des passages flûtés et champêtres, se rapproche davantage du second que du premier, rien que dans l’abus des nappes de Mellotron et le caractère peu joyeux des atmosphères. L’usage des saxophones (« Längtans klocka ») et l’amour des contrastes violents lui donne même des allures de Van Der Graaf Generator. La petite touche italienne est apportée par « Kung Bore » et ses voix délicates.

En mars 2013, partageant l’affiche avec Crimson ProjeKCt, les Suédois se produisent pour la première fois au Japon, terre d'adoption de tous les groupes marginaux. Les titres joués sont équitablement prélevés sur les trois albums, et si certains ont déjà été entendus sur le Buried Alive de 1996, la production de cet enregistrement est un tantinet au-dessus de celle du précédent. Pas d'overdubs ici – les quelques ratés n'ont pas été corrigés – la prestation est sincère, le public aussi, bien que la communication entre les deux se réduit au minimum – mais pouvait-il en être autrement ? Les sept longues compositions de ce double album essentiellement instrumental sont en quelque sorte l'instantané d'une certaine idée nordique du prog’ des années quatre-vingt-dix, co-représenté par Anekdoten, Landberk et autre Sinkadus : la nostalgie du vent, des ciels déchirés de nuages aux formes torturées, des anciens Dieux, des steppes, de la forêt de conifères.

On peut être passé à côté du groupe, avoir été rebuté par la surdose de spleen que contient sa musique ou tout simplement juger qu’il n’a pas inventé grand-chose. Prog på svenska - Live in Japan est toutefois une excellente séance de rattrapage pour embrasser en une seule fois l’ancien et le nouveau Änglagård. Et peut-être accrocher le wagon au prochain voyage.

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