:|
21 Mai 2014

Ian Anderson

Homo Erraticus

par Jean-Philippe Haas

Gerald Bostock, personnage fictif crée par Ian Anderson pour les besoins de Thick As A Brick, et aujourd’hui virtuellement préretraité, tombe par le plus grand des hasards sur le manuscrit d’Ernest T. Parritt, illustre inconnu auteur de « Homo erraticus (The St Cleve Chronicles) ». Ce dernier était persuadé, suite à un délire provoqué par la malaria, d’avoir vécu la vie de plusieurs personnages à diverses époques de l’Histoire. Bostock se met donc en devoir de romancer un peu tout cela, écrire les paroles d’un album conceptuel et les proposer à M. Jethro Tull.

Celui-ci n’a pas eu à chercher bien loin pour mettre le récit en musique, en recrutant des musiciens de différentes générations dont certains gravitent autour de lui depuis un bon moment déjà : des complices de Jethro Tull - David Goodier à la basse et John O’Hara aux claviers - Scott Hammond qui, malgré son nom, est assis derrière les fûts, et deux jeunots, Ryan O’Donnell au chant et Florian Opahle à la guitare. En dépit de ce casting soigné, il est dommage que les chansons ne reflètent que rarement les époques et événements traversés. Il faudra donc se fier aux paroles et se contenter d’un bout à l’autre d’un album certes varié et sautillant, mais qui ne déroge pas souvent au cahier des charges habituel de Ian Anderson. « Doggerland » offre ainsi un panachage typique de folk, de musique moyenâgeuse et de hard rock : tout ce qu’on était en droit d’attendre du bondissant Britannique, en somme, y compris la flûte virevoltante. Un excellent opener, comme on dit dans le jargon. La suite de cette volumineuse entrée en matière nommée « Chronicles » - qui nous emmène du néolithique jusqu’à l’aube de la première guerre mondiale - est du même tonneau, plus calme peut-être, mais tout autant champêtre et bucolique. « Prophecies » prend la relève jusque dans les années soixante sans grand bouleversement stylistique tandis que « Revelations » se projette dans le futur sous la forme d’une catastrophe écologique suivie d’une Renaissance gouvernée par un nouvel ordre moral.

Le disque s’essouffle au fur et à mesure par manque de saillies, de brillances notables, sans qu’il perde définitivement l’auditeur néanmoins, grâce à quelques sursauts réguliers (« Turnpike Inn », « Tripudium Ad Bellum », « The browning of the Green »…) malheureusement trop rares. Une excellent bande son toutefois pour une bonne soirée nostalgie entre quinquagénaires affables.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir