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13 Mai 2014

PoiL

Brossaklitt

par Jean-Philippe Haas

Avertissement : le texte suivant contient des mots finissant par -clite, subtiles et désopilantes allusions au titre de l’album présenté ci-après. Saurez-vous tous les retrouver ?

Parmi les obstacles qui viennent au devant d’un chroniqueur soucieux de présenter un groupe comme PoiL, il y a la difficulté de lui coller une étiquette dans le dos (ou plutôt, en l’occurrence, dans le…). Il est pourtant de son devoir de faciliter la tâche du lecteur afin que celui-ci ne perde pas son temps à s’interroger s’il doit continuer la lecture ou s’arrêter net après avoir lu les adjectifs « avant-gardiste » ou « expérimental ». Bref, on se trouve un peu démuni face à cet assemblage hétéroclite de RIO/ math/ noise/ punk-rock.

Brossaklitt, une ode à la toison intime ? Probable, si on met en regard le patronyme des Lyonnais et le visuel du disque : des hommes et des femmes, à la généreuse fourrure faciale ou pubienne, évoluant tels Adam et Eve dans le jardin d’Eden. Mais sans la pomme. Ni l’innocente pureté. Conceptuellement parlant, PoiL n’a donc guère changé son fusil d’épaule, peaufinant la métaphore pilo-recto-sexuelle, bien loin des considérations métaphysiques de, disons, Héraclite.

Mais l’apparente simplicité des thèmes évoqués est inversement proportionnelle à l’accessibilité de cette pileuse musique. On en prend douloureusement conscience dès l’ouverture. Ainsi, « Fionosphère » n’invente ni plus ni moins que le RIO indus à tendance zeuhl. On vous laisse le soin de le constater par vous-même. La personnalité du groupe, entrevue sur Dins O cuoL, déborde ici de tous les côtés. Tout d’abord, il y a la section rythmique animée par Boris Cassone et Guilhem Meier. Véritable rampe de lancement pour les machines d’Antoine Arnera, arme de destruction massive globalement imprévisible, elle peut occasionnellement servir un passage dansant comme « Mao » (une parodie de Daft Punk ?) ou jouer au rouleau compresseur comme sur l’assourdissante partie centrale de « Pikawa ». Les voix, sans être omniprésentes, sont un autre aspect central de la musique de PoiL, et servent d’élément rythmique ou d’enluminure mélodique. On ne comprend pas toujours grand-chose aux éructations du trio (hormis quelques mots isolés, des allusions qu’on devine sous la ceinture ou des psalmodies pseudo-kobaïennes), mais ses scansions saugrenues font partie des singularités de son univers. Enfin, il faut saluer de courageuses tentatives d’hybridations. Ou comment faire cohabiter, parfois de force, en les traînant par les cheveux, le raffinement du prog avec la grossièreté du punk. Ou des sonorités chinoises avec des chœurs moyenâgeux façon Magma sur « Patachou » (contrepèterie ?). Dans l’ensemble, les références à la sphère de Christian Vander se manifestent encore çà ou là, sans qu’on puisse vraiment parler d’influence majeure. PoiL a créé son propre style (la « paillardise in opposition » ? le « fiono-prog » ?) dont il ne faut d’ailleurs pas négliger la dimension scénique !

Accort à l’extérieur, exigeant à l’intérieur, Brossaklitt c’est un peu un album de Samla Mammas Manna gonflé aux amphétamines. Mais malgré la densité et l’exigence de la bête, à aucun moment la qualité du disque ne périclite. Il conserve, jusqu’à « La balade des gentils minouchoux » cette faculté de surprendre, sans que jamais on en ait plein le dos (ou plutôt, en l’occurrence, plein le…) de cet ouragan sonore qui malmène sérieusement l’équilibre de notre santé mentale.

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