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09 Mai 2014

Persona Grata

Reaching Places High Above

par Jean-Philippe Haas

Les Slovaques de Persona Grata ont tout d'une bande qui débarque, essoufflée, avec vingt années de retard. Une pochette un peu ringarde et sans inspiration, des références affichées peu engageantes question originalité (Yes, Muse et Le Groupe-Qu’il-Vaut-Mieux-Passer-Sous-Silence) et une écoute en diagonale ne rassurent guère quant au contenu de Reaching Places High Abvove. Et même si on n'en est plus à parler de « bloc communiste », les tendances du prog n'ont pas forcément évolué à la même allure de part et d'autre de l’ancienne frontière idéologique. La Pologne et son florilège de groupes de néo un peu rances illustrent dramatiquement cet état de fait. Vu de loin, Persona Grata n’incite pas à mettre la main au porte-monnaie…

Mais une fois passé le disque, ces préjugés volent en éclat et on regrette les pensées condescendantes qu'on a pu avoir. Persona Grata est une formation au son professionnel, parfaitement en place techniquement et surtout pas un clone du Groupe-Qu'il-Ne-Faut-Pas-Citer. Au bout de la seconde minute de « Ace », on a déjà compris qu’on n’aura pas affaire à une caricaturale performance ultrasonique de la part du chanteur. Puissant ou enjôleur, Martin Stavrovský, en sus de manier la guitare rythmique, étale un éclectisme vocal de bon aloi. Jana Vargovà lui prête main forte par moments, tout en contribuant par sa flûte aussi économe que bienvenue. Si bien qu'au bout du compte, la composante metal ne domine pas outre mesure les cinquante minutes de musique. Certains titres plus que d’autres rappellent fortement les exploits du Groupe-Dont-Il-Ne-Faut-Prononcer-Le-Nom mais le progressif classique se manifeste assez régulièrement pour jouer un rôle de contrepouvoir. Si on exclut l'intro « Istanbul » et l'outro « Venice » de « Orient Expresss », qui ne contribuent pas pour une très grande part à la qualité générale de l'album, on se retrouve avec quatre gros morceaux de sept à quatorze minutes d’excellente facture et très différents les uns des autres.

Ceux qui en ont assez de faire tourner en boucle les disques traumatisants des innombrables ersatz italiens du Groupe-Dont-Il-Faut-Taire-Le-Patronyme pourront troquer leur stock désormais encombrant contre cet album plutôt rafraîchissant. Il leur offrira de longues heures d'un plaisir qu'ils avaient peut-être perdu au fil de la lente mais inexorable agonie de leur genre préféré.

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