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10 Avril 2014

Jethro Tull

Nothing is easy, Live at the Isle of Wight 1970

par Florent Simon

A l’aube du 30 août 1970, précédant la fermeture du festival de l’Isle of Wight avec Jimi Hendrix électrisant les derniers des 600 000 participants à ces trois jours de communion, un public encore nombreux et motivé malgré la fatigue fait face à l’une des prestations les plus attendues du festival: Jethro Tull. Bien que la vague du rêve hippie fut brisée peu avant par le festival d’Altamont qui laissa des traces indélébiles, cet événement constitue encore et toujours l’un des sommets de cette fin de décénie folle et révolutionnaire, et pas uniquement sur le plan musical.

Après avoir amusé le public dès le moment des balances au petit matin, la technicité et l’énergie dégagée par le groupe magnifièrent la qualité des compositions d’Ian Anderson qui, en qualité de monsieur loyal aux tendances clownesques, est mis en avant dans le mixage. En effet, sa voix et sa flûte ressortent sensiblement pour notre plus grand plaisir puisqu’on peut sentir cette proximité avec le musicien, vivant chaque respiration-chant au travers de l’instrument comme un effort de se donner entièrement. C’est cette humanisation de la musique de haute voltige qui contribue entre autres au caractère énergique du son du groupe, doublé d’une excentricité “so british”.

C’est donc bien là une une aubaine pour Ian Anderson qui, comme à son habitude, aime à converser et à divertir les foules, autant que pour le groupe au complet qui, s’il était encore besoin de le confirmer, fut simplement au bon lieu et au bon moment. Forts des succès des trois premiers disques (grâce à Stand Up notamment, qui leur ouvrit les portes du marché américain), ceux qui n’étaient pas à la base la tête d’affiche ont définitivement assis leur notoriété en interprétant des titres inoubliables tels que « Dharma for one », « My god » ou encore la fameuse « Bourée » de Bach revisitée à la sauce groovy. Les succès internationaux des albums suivants, Aqualung et Thick as a brick, finiront d’ailleurs de les porter à leur apogée artistique.

S’il est à la fois au centre de la scène et du mixage, Ian Anderson peut toujours compter sur ses comparses appliqués et réactifs qui délivrent ici une de leur meilleures prestations scéniques jamais enregistrées. Aussi doués que flexibles (au sens musical du terme, s’entend), ils suivent avec application tous les délires de leur leader mi-fou et confortent leur talent avec cohésion et imagination. Mais la virtuosité ne fait ici pas tout car une des forces de leur musique réside dans la qualité des arrangements de thèmes blues-rock autant que dans leur inspiration puisant dans le classique.

Ce sont donc tous ces points forts décrits ici qui illustrent avec brio une des caractéristiques intéressantes de la musique progressive : le mélange des genres. C’est ainsi que la rédaction accueille avec émotion cette réédition en duo CD+DVD (pour la première fois) de ce concert mythique de Jethro Tull au festival de l’Isle of Wight. Plus qu’un classique, c’est donc bien un indispensable pour tout fan de rock progressif de la première heure. Avec ses huit titres pour une heure tout rond, il s’agit là non moins que la performance la plus mythique de la formation anglaise. Les classiques ont toujours une bonne raison d’être !

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