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01 Avril 2014

The Knells

The Knells

par Jean-Philippe Haas

Derrière The Knells il y a le guitariste de Brooklyn, Andrew McKenna Lee et son groupe électrique, auxquels s’ajoutent trois incroyables voix féminines et l’ensemble The Mivos Quartet, composé d’une paire de violons, d’un alto et d’un violoncelle. Autant dire que la musique jouée par cette curieuse formation promet de ne pas être académique. McKenna Lee, auteur de deux disques en solo (sur lesquels, parmi des compositions personnelles, il reprend aussi bien Bach que Steve Reich), a en effet plusieurs cordes à sa guitare, dont la réalisation d’œuvres pour orchestre ou de musique électronique. Le mariage des genres n’est donc pas une notion qui l’effraie, bien au contraire : il en maîtrise parfaitement les ficelles et parvient ainsi à déstabiliser son auditoire.

Presque symphonique et à peu près respectueux des règles, le magnifique « Distance » constitue peut-être la meilleure des portes d’entrée pour se plonger ensuite dans le reste d’un disque immersif et exigeant. À l’unisson ou en contrepoint, le sublime trio polyphonique accompagne un rock de chambre gouverné par la guitare de McKenna Lee, imprévisible, quelquefois atonal, plus rarement dissonant, ou à l’inverse très mélodique. La fascination que suscite cet album est renforcée par le thème central de l’œuvre, décliné également par le visuel : la mort. Contemplatifs ou tendus, dépouillés ou travaillés, les dix titres construisent un univers singulier dont l’urgence est absente, mais pas forcément les démonstrations de puissance. Quelques riffs métalliques font même leur apparition sur le bouquet final « Spiral Knells », époustouflante composition qui brasse tout sauf de l’air et opère la jonction entre œuvre chorale, musique contemporaine et rock de chambre.

Hypnotique, « beau », The Knells possède un considérable pouvoir évocateur, pour peu qu’on en accepte l’hétérodoxie. Un grand disque, à déconseiller aux oisifs de l’oreille.

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