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25 Mars 2014

Manning

The Root, The Leaf & the Bone

par Jean-Philippe Haas

Après s’être essayé avec pas mal de réussite à l’acoustique sur le judicieusement nommé Akoustik, Guy Manning revient à sa recette favorite : un rock prog à l’ancienne mâtiné de folk rock, alternant la mélancolie champêtre de Genesis et le dynamisme flûté de Jethro Tull.

En composant cet album, le Britannique a imaginé un lieu, un village, protégé de l’urgence et des « progrès » du monde moderne. Très rapidement le concept s’est élargi pour aborder plus généralement la notion de changement, sous ses diverses déclinaisons. Un certain ancrage dans le passé se manifeste dès l’ouverture, faisant de « The Root, The Leaf & the Bone » un véritable digest du style Manning : un prog’ pastoral qui aime à s’emballer pour mieux se recroqueviller ensuite sur une paisible nostalgie. Dans un tout autre format, le refrain de « Decon(struction) Blues » et son côté flower pop aurait pu être écrit il y a un demi-siècle. Sans toutefois se complaire dans la caricature, cet énième disque fleure bon la fraîcheur de la campagne au matin (guitare folk), quand sous les premières tiédeurs, les effluves de l’humus et de l’herbe fraîche (flûte) se mêlent à l’humidité de la brume qui se dissipe et… Mais résumer l’album aux aspects les plus bucoliques du genre ne serait pas lui rendre justice. La présence régulière du saxophone et du violon contribuent à donner une touche organique bienvenue, dans un style trop souvent pollué par l’hégémonie des claviers et des guitares. D’autre instruments encore (violoncelle, trompette, basson) apportent discrètement ce petit « plus » qui fait la différence, tempérant ainsi l’académisme de certains titres par ailleurs fort réussis comme « Old School », ou « The Huntsman & the Poacher », et égratignent un peu leur terne vernis.

La voix de Guy Manning n’est pas forcément le point fort de ses productions, mais au fil du temps, on s’y est habitué, de telle sorte que si on exclut le titre de clôture, « Amongts The Sleepers », inutilement grandiloquent et surchargé de claviers, The Root, The Leaf & the Bone offre une jolie collection de chansons, barbotant agréablement dans un bain de nostalgie sans jamais risquer le hors-piste. La richesse mélodique et l’énergie qui s’en dégage, l’équilibre maîtrisé entre les instruments, la variété de l’instrumentation, tout cela risque de remporter l’adhésion de la frange « classique » du public prog’.

A l’instar de The Tangent de son ami Andy Tillison, qui s’est dissolu pour mieux rebondir ensuite avec l’excellent Le Sacre du Travail, le groupe qui accompagnait Manning depuis 2008 s’est séparé en janvier 2014. Mais que les fans ne s’inquiètent pas : l’insatiable multi-instrumentiste planche déjà sur un nouveau disque conceptuel et sur un second album acoustique, rien que ça.

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