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20 Mars 2014

October Equus Quartet

Isla Purgatorio

par Jean-Luc Pillac
dans

Est-il besoin de présenter aux lecteurs assidus de Chromatique October Equus, groupe de rock progressif espagnol d’avant-garde fondé par Ángel Ontalva en 2003 ?
Dix années se sont écoulées et c’est en 2013, alors que la formation dans sa configuration progressive sort le très bon Permafrost, qu’Ángel Ontalva et trois des musiciens décident de fonder October Equus Quartet. L’orientation musicale ici est fondamentalement jazz-rock, et le terme « quartet » bien souvent utilisé dans les sphères jazz nous invite à comprendre que l’auditeur n’aura pas ici affaire à du rock progressif comme sait si bien le faire le groupe. Nous trouvons d’ailleurs dans cette configuration, à la place du claviériste Víctor Rodríguez, Alfonso Muñoz au saxophone alto.

Isla Purgatorio est le titre de cet album…l’île du purgatoire… L’île d’Ángel Ontalva sur laquelle vagabonde son âme, est un vaisseau cosmique flottant dans la stratosphère à l’instar des mondes imaginés par Hayaho Miyazaki ou Roger Dean. Rappelons-nous que le purgatoire est cet endroit paradoxal et transitoire dans lequel toute âme humaine vient régler ses comptes avec la Création. Peur pour l’égoïste, le cupide, l’orgueilleux. Simple formalité ou même moment extatique pour le cœur pur. On pourrait aussi imaginer qu’il ne s’y passe absolument rien, que l’ennui y règne en maître, que le temps ronge toute patience, même la plus solide. Mais de son ennui, et à partir de trois fois rien, un simple coquillage sait créer une perle, comme un soupir sortant des choses ; Ángel Ontalva sait faire cela.

Cette « île » est composée de neuf morceaux instrumentaux d’un jazz-rock avant-gardiste brûlant, interprétés avec maestria par les quatre musiciens. L’ouvrage d’Amanda Pazos Cosse est ici impressionnant : ses doigts vagabondent sur le manche de son instrument dans un mouvement arachnéen, jouant le plus souvent des croches et des noires à la place des blanches et rondes que savent si bien nous servir la plupart des bassistes. Elle contribue grandement avec l’excellent Vasco Trilla à la batterie et aux percussions à bâtir ce mur sonore sur lequel s’appuient avec intelligence Ángel Ontalva et Alfonso Muñoz. Les deux instruments leaders élaborent un échange complice dans lequel s’invitent parfois basse et batterie pour construire à quatre un assemblage à l’écriture rythmique complexe. Ángel Ontalva nous prouve ici son savoir faire instrumental et sa maîtrise de gammes qui s’écartent du rock. Les passages à majorité écrits cèdent souvent la place à des moments improvisés plus expérimentaux, moments certainement beaucoup plus exploités en concert. Les plus chanceux d’entre vous pourront le constater en assistant au festival « Rock In Opposition » de Carmaux du 19 au 21 septembre 2014. J’espère moi-même vous y donner rendez-vous.

La musique de l’October Equus Quartet est pleine et riche, comme on peut le constater en visualisant cet extrait sur You Tube pris lors de répétitions pour l’enregistrement de l’album. On ne s’ennuie donc jamais à son écoute qui reste très abordable dans son apparente complexité. Chacun, avec la sensibilité qui lui appartient, saura sans aucun doute y puiser son propre bonheur.

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