:)
08 Mars 2014

Alan Simon

Tristan & Yseult

par Jean-Philippe Haas

Quand il écrit un opéra rock, Alan Simon ne fait pas comme tout le monde, on l’avait déjà constaté dans sa trilogie Excalibur et avec son Anne de Bretagne. Ainsi ne nous attendons pas à un Robin Des Bois bis, calibré préado ou ménagère de moins de cinquante ans. Point de M. Pokora pour vendre un fade bouillon réchauffé, la meilleure publicité dont puisse bénéficier Tristan & Yseult, c’est sa propre brillance. Car là où souvent les pourvoyeurs de comédies musicales se cantonnent prudemment à des formats dans l’air du temps, le Nantais, pour mettre en scène ce mythe légendaire, voit les choses en grand et imagine un ballet où se mêlent danse classique et celtique, sur fond de musique symphonique, rock et folk.

Pour la réalisation de cet ambitieux projet, Alan Simon a tout d’abord mis à contribution son carnet d’adresses bien garni, en s’entourant d’un groupe, d’un orchestre et de quelques personnages hauts en couleurs : Christian Décamps (Ange) dans le rôle du roi Donneghan, Roberto Tiranti (Labyrinth, Mangalas Vallis, Excalibur III : The Origins) dans celui de Tristan et Laurent Tixier (qui jouait Le Prince d’Orange dans Anne de Bretagne) en baron félon. Il se met lui-même en scène comme le roi Marc’h. Mais l’auteur/compositeur/interprète a aussi recruté aux quatre coins du monde. Les danseurs, par exemple, ce sont douze irlandais et un couple russe, Maria Mysheva et Denis Dmitriev. La voix d’Yseult, il est allé la dénicher chez une jeune chanteuse et harpiste australienne née au Pays de Galles, Siobhan Owen, qui cultive son héritage celtique depuis sa tendre enfance.

Conçu avant tout comme un spectacle, l’album peut néanmoins se passer de son pendant visuel. Sa grande force réside aussi dans sa faculté à rendre fluide et naturel l’enchaînement entre l’électrique et l’acoustique, l’anglais et le français, le chanté et l’instrumental, la sobriété et l’emphase. Ainsi, les trois titres instrumentaux qui ouvrent le disque, sur lesquels on devine l’entrée des danseurs, glissent peu à peu d’une grandiloquence toute orchestrale vers de la pop celtique moderne, avant que n’intervienne le premier titre chanté par Yseult, doux et majestueux. Les belles mélodies se succèdent sans relâche, déclinées sous toutes les formes musicales choisies par Alan Simon : entraînantes (« Fables et Sortilèges », « The Irish »), émouvantes (« Lettre à Yseult », « My Father », « A Prayer For My Lover »), ou d’une simplicité pop/rock (« For You Lady », « I Can’t »). On imagine très bien les différents personnages et danseurs se succéder sur la scène tout au long de cette saga toute entière dédiée à l’amour entre les deux héros mythiques, jusqu’au final très pop (« The Lovers ») qui ferme le livre sur une chanson simple et dépouillée en forme de message d’espoir.

Le DVD de la version « collector » contient quelques bonus intéressants, comme la genèse de l’œuvre racontée par son créateur, un clip officiel et des titres interprétés en public, dont le magnifique « Lettre à Yseult » par Christian Decamps, très émouvant en roi Donneghan éploré.

On attend le témoignage des quelques milliers de privilégiés qui seront à Nantes le 7 mars pour la première représentation mais nul doute, pour qui a pu voir Excalibur - Live à Brocéliande ou Anne de Bretagne - Live au château des ducs de Bretagne que le spectacle mis en scène par Simon lui-même est à la hauteur des espérances. Tristan & Yseult est déjà, quoi qu’il en soit, une réussite sur disque, une belle comédie musicale populaire, au meilleur sens du terme.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir