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24 Février 2014

Das Simple

In Girum Imus Nocte

par Aleksandr Lézy

Il faut croire que l’on peut s’appeler Das Simple, faire compliqué, sans pour autant le montrer, et rester simple d’apparence tout en bravant une multitude de territoires. C’est avec la première partie d’une locution latine In girum imus nocte et consumimur igni, palindrome des plus subtils, que les Marseillais nomment leur deuxième album. « Nous tournons en rond dans la nuit » reflète bien le caractère intrinsèque de ce disque aux mille paradoxes.

Quelle progression depuis le déjà très bon premier album éponyme sorti en 2010 ! Les couleurs sont pourtant les mêmes, obscures, angoissantes, arrachées et grinçantes. Par contre, le niveau instrumental souffle sur la maison en béton armé cette fois-ci. Rien ne pourra résister à cette déferlante. Le son est massif, les riffs brutaux et fins à la fois. Cet album dégage une assurance rarement palpable. De nos jours, les productions sont tellement froides, léchées à l’extrême, que nous ne ressentons plus rien. Là, elle est léchée mais bien réelle, sans colorants ni conservateurs, ne laissant aucune place au superficiel.
Basse ronflante, prenant aux tripes. Guitare tantôt douce, tantôt effroyablement décapante. Batterie aliénante et subtile. Chant distordu, discret, malfaisant. Du noise, du rock, du progressif, du grunge, du grind, du math : il est mal aisé de définir le style joué par Das Simple. Une chose est sûre, ils n’imitent pas et volent de leurs propres ailes sans se soucier de ce qu’il se passe chez le voisin. Aucune approche patchwork avec passage d’un genre à l’autre. L’effet est concentré. Sleepytime Gorilla Museum aurait pu être une des références, mais la manière de faire, diverge. Les compositions longues permettent de plonger la tête dans cinq titres immersifs et subversifs. « Quand la Chine s’éveillera dans ton cul, ça fera toujours moins mal que l’Afrique. » en est un parfait exemple. « Tales of the Galactic Serpent part3 » fait suite aux deux premières parties présentes sur l’album de 2010. Mais pour les fanatiques d’expérience ultime, bien plus que celle de se faire enfiler par un continent, hum, « Cages » semble particulièrement bien, ou mieux adapté.

Das Simple a corrigé sa volubilité, franchi un cap, peut-être celui de Bonne-Espérance, ou celui de la maturité. Il signe avec In Girum Imus Nocte un album d’exception. Cependant, comme rien n’est parfait, on reprochera juste une mauvaise répartition des apparitions de la voix. Mais la frustration fait aussi partie des défauts qui rendent les choses plus belles, voire merveilleuses. C’est aussi simple que cela.

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