:)
21 Février 2014

Shining

One One One

par Raphaël Dugué

Avec Grindstone et Blackjazz sortis respectivement en 2007 et 2010, le groupe norvégien Shining, qui avait débuté dans le jazz, s’imposait comme une formation majeure avec son mélange de jazz, de metal extrême, et de musiques expérimentales. Le dernier morceau de Blackjazz était d’ailleurs une reprise radicale du « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson, et il est évident que Jørgen Munkeby, Torstein Lofthus, Tor Egil Kreken, et Håkon Sagen, les quatre musiciens de Shining, incarnent parfaitement à travers leur nouvel album One One One, cet homme schizoïde du vingt-et-unième siècle.

En effet, dès le début de l’album, l’auditeur est pris par une rythmique ultra rapide sur laquelle les guitares saturées et la voix criée ne vont pas tarder à débarquer dans un torrent agressif et déstructuré, avant que le morceau ne glisse définitivement vers la démence avec son saxophone torturé, tout cela sur un format « chanson » de quatre minutes. Car c’est bien là que se trouve la principale nouveauté de cette album. Shining a laissé les morceaux longs de côté pour se consacrer aux formats courts et efficaces. Le disque se compose de neuf titres dont la durée n’excède pas les quatre minutes trente-neuf. Dans une interview, Jørgen Munkeby a déclaré que le titre One One One faisait référence à la volonté du groupe de n’écrire que des hits (des numéros un), et c’est bien sûr avec un certain plaisir que le groupe s’amuse à déstructurer le format traditionnel de la musique rock. Dans chaque morceau, la position des refrains et des couplets est complètement chaotique, sans compter les changements de rythme et les passages instrumentaux délirants.

Tout au long de ces trente quatre minutes, l’album n’offre pas de répit à ce maelström à la fois agressif et jouissif. Si One One One se révèle plus direct que les précédents albums, la musique ne s’est pas pour autant simplifiée. Au fil des écoutes, on découvre les détails d’une écriture à la fois complexe et mélodiquement très efficace. Les musiciens sont également excellents dans l’exécution de ces morceaux rapides et techniques. La production puissante avec ses murs de sons rappelle parfois Devin Townsend et fait réellement ressortir la direction plus orientée vers le metal de ce disque.

La filiation entre « 21st Century Schiziod Man » et le groupe norvégien est finalement totalement évidente, car lorsqu’on est confronté à la musique déjantée et déroutante de Shining, on est surement proche de ce qu’ont pu ressentir ceux qui ont découvert pour la première fois King Crimson en 1969.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir