coup de coeur
23 Janvier 2014

Panzerballett

Live at Theatron Munich 2013

par Jean-Philippe Haas

En 2006, alors que les fantaisistes bûcherons allemands publiaient leur album éponyme, un DVD intitulé Live at Backstage Munich 2006 voyait conjointement le jour. Mais en ces temps-là, les Teutons n’étant pas encore les demi-dieux que l’on connaît, cette performance est donc passée inaperçue. Ce ne sera pas le cas de Live at Theatron Munich 2013 : le groupe est aujourd’hui attendu au tournant car chacune de ses apparitions (télévisuelles ou en concert) est un petit événement en soi.

Légèrement remaniés pour la scène, les titres interprétés en cette belle soirée du mois d’août 2013 durant le Musiksommer de la capitale bavaroise font appel à une certaine ouverture d’esprit du public - une qualité habituellement assez marginale chez le jazzeux moyen – qu’induit la douceur de la saison. Et peut-être aussi la bière. Si on distingue une poignée de spectateurs dubitatifs dans les gradins, la plupart applaudit avec enthousiasme. Coiffé de son « bonnet à tentacules » (existe-t-il un autre terme pour qualifier ce curieux casque hérissé de dreadlocks tubulaires ?), le guitariste Jan Zehrfeld donne avec humour quelques explications entre chaque morceau à l’attention des âmes sensibles. Le char d’assaut allemand ouvre les hostilités avec le redoutable « Mustafari Likes Di Carnival » tiré du récent Tank Goodness, et véritable modèle de fusion intelligente entre jazz et metal.

Passés les trois premiers titres, Panzerballett a définitivement conquis le public, mûr à présent pour accueillir la reprise de la chanson vainqueur de l’Eurovision, remporté par la RFA en 1982… Malheureusement, c’est sur Youtube qu’il faudra aller dénicher la prestation, car le propriétaire des droits s’étant opposé à l’utilisation de son titre (nous ne remercions pas ce triste sire dépourvu de la moindre trace d’humour) alors que le DVD était déjà en production, c’est une version muette, accompagnée d’un texte d’explication qui est présentée ici. Le bâillon qui musèle Conny Kreitmeier n’est retiré que sur les dernières notes. Où l’on apprend aussi que les détenteurs des droits du « Take Five » du Dave Brubeck Quartet ont, quant à eux, eu la délicatesse de s’opposer suffisamment à l’avance pour permettre aux Allemands d’exclure du film leur très libre variation. Là encore, une simple recherche sur Youtube suffira pour retrouver la performance, remarquable, est-il besoin de le souligner. D’autres surprises viennent heureusement compenser la bêtise Krass (pour employer un terme cher à la bande à Zehrfeld) des marchands de musique : la reprise de « Time of My Life », celle de « Some Skunk Funk » de Randy Becker, la relecture de « Thunderstruck » (rebaptisé « Donnerwetter »), et un titre flambant neuf, « Der Saxdiktator », qui met à l’honneur l’une des clés de voûte du quintette, le saxophoniste Alexander von Hagke. Du Panzerballett pur jus, à l’instar de « Zehrfunk », « Vulgar Display of Sauerkraut », ainsi que l’explosif et désormais classique final « Friede, Freude, Fussball », trois autres monuments issus de la forge teutonique et assenés aux spectateurs ce soir.

Il n’y a pas grand-chose à dire de la mise en image, très « festival en plein air », ni du mixage stéréo quasi parfait. Les soixante-dix minutes du concert (amputé rappelons-le d’un quart d’heure pour des raisons bassement mercantiles), sont agrémentées de quelques bonus non négligeables dont les plus intéressants sont un concert de trois quart d’heure contenant cinq titres (dont « Giant Depf » et une version plus que rallongée de « The Simpsons ») filmé également à Munich l’année précédente, et une entrevue de Mattias Eklundh (qui a joué sur Tank Goodness) par Zehrfeld lui-même.

A défaut d’un succès à grand échelle, Panzerballet est pratiquement devenu une institution dans le monde des musiques inclassables, en studio comme sur scène où le groupe jouit d’une respectabilité rare. L’humour et la virtuosité, comme le jazz et le metal, peuvent faire bon ménage. Si vous êtes tiraillé entre les deux et que vous n’avez pas encore osé franchir le pas, c’est le moment de le faire.

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