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22 Janvier 2014

Rhùn

Ïh

par Aleksandr Lézy

Rhùn aurait-il détourné cette région de la Terre du Milieu en changeant l’accent circonflexe pour le grave ? Si oui, Tolkien aurait la fierté de pouvoir associer à son œuvre un petit achèvement musical prenant le nom de Ïh. Rhùn est une formation française dont le noyau est éclaté entre Caen, Cherbourg et Coutances. Avec ce disque sorti chez AltrOck Records, les « frenchies » surfent sur une Zeuhl empirique, descendante des indétrônables Magma et Dün, qu’ils aiment à décrire comme « Fanfare du chaos ». Divisé en deux fois trois morceaux, cet album regroupe une première partie enregistrée en 2012 consacrée à du nouveau matériel suivie d’une seconde de 2008 qui constituait la démo Bhönus. Au-delà du fait que Rhùn semble être l’enfant le mieux caché de Magma, il ne faut pas s’arrêter pour autant à cette image car dans ces six morceaux se dégage une approche terriblement fine et délicate liée à ce courant musical. Si le jazz apparaît comme une composante essentielle de ce mouvement, il n’en demeure pas moins que la présence d’instruments comme le hautbois, le saxophone, la flûte traversière, entraîne les mélodies du groupe vers une dimension totalement autre. La musique classique moderne s’immisce à la manière d’Univers Zero ou Present mais avec une approche moins sérielle, plus mélodique et captivante. Les idées s’émulent les unes les autres et l’ensemble s’enchaîne avec une réelle logique et évidence. Les thèmes sont variés mais savent aussi se faire répétitifs. Il y a un parfum, une couleur vaporeuse semblable à celle que l’on ressent en écoutant Debussy, ce charme français unique au monde. Les voix, quant à elles, pourraient sans l’ombre d’un doute être confondues avec celles de Magma lors d’un quiz musical. Mais le plus touchant dans cet album de très grande qualité, c’est l’honnêteté avec laquelle le matériel est proposé. Aucun chichi dans la production, ni même dans les sons utilisés. C’est brut, frais et servi tel quel, comme si, à chaque écoute, Rhùn jouait uniquement pour nous. « Ce qui n’est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins. » (Jules Renard)

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