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10 Décembre 2013

Clive Nolan

Alchemy Live

par Jean-Philippe Haas

Le regain de popularité que connaît la comédie musicale depuis la fin des années quatre-vingt-dix s’est accompagné d’une désolante surabondance de productions de tous acabits. Il ne se passe pas une saison sans qu’un nouveau spectacle nous soit vendu comme « comédie musicale de l’année », de la décennie, voire du siècle. Cet engouement n’épargne pas l’homme-orchestre du néo prog anglais, Clive Nolan. Après s’être fait la main sur She, adapté d’un roman d’aventures avec sa troupe de théâtre Caamora, voici maintenant qu’il se lance dans une création originale nommée Alchemy, une aventure surnaturelle où soif de pouvoir et histoire d’amour se mêlent sur fond d’époque victorienne.

Faisons court : sur CD, Alchemy, ne casse pas davantage de briques - fussent-elles en polystyrène - que She, et ne sort guère du giron d’un néo prog symphonique un peu surfait et dégoulinant de claviers. Sa retranscription sur scène et en images lui confère néanmoins une bonne valeur ajoutée. Car une fois dépassés l’aspect opéra rock de bazar, le chant outrancier, les costumes pas forcément raccords et les postures affectées des interprètes (mais n’est-ce pas finalement le cas dans toutes les comédies musicales qui se prennent au sérieux ?), on passe un authentique bon moment (deux heures, tout de même !), un peu comme ces soirs de Réveillon, où on se retrouve scotché vers deux heures du matin devant la redif du spectacle d’Emilie Jolie. Un plaisir coupable, mais dont il n’est somme toute pire effet indésirable à craindre qu’un réveil sur le canapé au beau milieu d’un rêve, l’estomac encore barbouillé d’huîtres moyennement fraîches, l’esprit peuplé de méchants en toc et de violonnades synthétiques. Alchemy Live, c’est surtout l’occasion de retrouver derrière le micro des chanteurs qu’on apprécie : Damian Wilson (Threshold), Andy Sears (ex Twelfth Night) et quelques autres parfois un peu oubliés comme Tracy Hitchings (Landmarq). Paul Manzi, nouveau chanteur d’Arena, est également de la partie, ainsi que Agnieszka Swita, déjà tête d’affiche de She, et même Clive Nolan en personne, délaissant sa batterie de claviers au profit du micro. Si le « jeu » des acteurs est un peu maniéré et statique (tous les « musicals » n’ont pas le budget de Robin des Bois…), les spectateurs apprécient la performance, confortablement installés dans leur fauteuil du Teatr Śląski de Katowice, véritable résidence secondaire du compositeur en chef depuis plusieurs années.

Passons rapidement sur les bonus car l’essentiel n’est pas là : la version 2 DVD/ 3 CD en propose une myriade, dont des versions de travail d’Alchemy, des reportages sur les levées de fonds, des entrevues et tutti quanti pendant que la version simple se limite à un court making of, quelques discussions avec les principaux protagonistes et une galerie de photos. Tout ceci est accessoire, comme il est accessoire de s’interroger sur la pertinence artistique d’une telle entreprise, de pinailler sur le manque de moyens ou de se gausser de cette foire aux clichés. La seule chose à faire ici, c’est de se poser dans un fauteuil confortable en compagnie de quelques amis bon public, des bières à portée de la main, et d’apprécier le show tel qu’il se présente, en se laissant piéger sans résister par les mélodies évidentes, les copieuses nappes de claviers et la grandiloquence de tous les instants. Et de se dire que Nolan est au prog ce qu’Emmerich est au cinéma.

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