:(
06 Novembre 2013

Djam Karet

The Trip

par Christophe Manhès

Djam Karet en indonésien voulant dire temps élastique, on ne s’étonnera pas que ces Américains, approchant les trente ans d’activité, aient donné forme avec The Trip au fantasme tangent à leur carrière : l’exploration des limites du temps. Composé d’un seul titre, l’album s'étire doucement sur près de cinquante minutes avec cette aisance onirique qui tranche les liens temporels. On pense inévitablement à Popol Vuh ou Eloy pour les références classiques, mais aussi à toute la clique du rock planant actuelle, pilleuse plus ou moins consciente des trésors du krautrock seventies.

Voilà pour les ingrédients, légitimes à condition de les transcender et d'y mettre un peu de levures contemporaines, manière de ne pas se foutre de la gueule du monde en proposant de fades et inutiles resucées. Or, ce qui surprend chez ces laboureurs de l'espace-temps, c'est qu'au bout de tant d'années ils n'aient pas réussi à creuser un sillon plus marquant. Leur musique manque toujours cruellement d'aura et de contours insolites. Exit l’entre-deux mondes paradisiaque magnifiquement dépeint par les synthétiseurs de Fricke et Fichelscher. Exit la transe post-rockeuse des meilleurs compilateurs d’aujourd’hui du rock planant d’hier. Les ambiances de The Trip s’écoulent, molles, plus décomposées qu'élastiques, avec un défaut de conviction qui frôle la froideur, et des arrangements qui ne brillent que par leur manque d’imagination.

Certes, la musique de Djam Karet n'a rien de maladroit et continuera à plaire à ses fans. Les autres ne pourront pas s’empêcher de penser que le problème avec les songes creux c'est qu'au réveil personne ne s'en souvient plus.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir