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29 Octobre 2013

Magenta

The Twenty Seven Club

par Jean-Philippe Haas

Le Club des 27 n’est pas un cénacle comme les autres. Né dans les années soixante-dix, il regroupe en effet les musiciens célèbres morts à l’âge de vingt-sept ans. Les décès successifs, en l’espace d’un an, de Hendrix, Morrison et Joplin ont peu à peu donné consistance à ce club macabre. Bien que la liste des membres se soit allongée au fil du temps (récemment encore avec Amy Winehouse), Magenta n’en a retenu que six. Aux trois cités plus haut viennent s’ajouter Kurt Cobain, Brian Jones et Robert Johnson. Ce dernier, à qui la légende prête un pacte avec le diable, donne le thème de l’album : et si les cinq autres avaient eux aussi contracté un tel engagement ?

Avec un thème si prometteur, à quoi ressemble dès lors ce nouveau Magenta ? Pas à son prédécesseur Chameleon en tous cas, qui se détachait de la discographie du groupe par ses formats directs et ramassés. Comme l’explique Rob Reed dans le making of, The Twenty Seven Club rassemble les compositions les plus « progressives » parmi toutes celles composées depuis Metamorphosis (2008) et marque donc un retour à un certain classicisme à la Seven, à savoir des pistes longues où l’emphase occupe une place importante. Le trio britannique a consacré un titre à chacun de ces artistes au destin tragique, poètes maudits ou icônes de leur génération. Les claviers débordent, les orchestrations se multiplient, les mélodies sont imparables. Les thèmes musicaux n’ont cependant que peu de rapport avec les personnages. Calme et symphonique, « The Gift », dédié à Kurt Cobain, est par exemple aux antipodes de la musique rugueuse que composaient les rockeurs de Seattle ! Les contrastes dominent, bien que certains titres soient plus vigoureux que d’autres : « The Lizard King », consacré à Jim Morrisson, ouvre ainsi le bal sous les martèlements furieux d’Andy Edwards (Frost*, ex IQ) et rivalise d’énergie avec « Stoned », référence à la bande à Mick Jagger dont Brian Jones fut le moteur au début des années soixante. A contrario, « Pearl » (telle que l’on nommait Janis Joplin) reste beaucoup plus tranquille et gorgé de nostalgie. Mais pour ne froisser personne et ne pas déroger aux règles d’agencement – un peu figées certes – d’une œuvre de prog rock, l’ensemble des titres suit plus ou moins régulièrement la traditionnelle sinusoïde alternant parties vigoureuses/passages calmes. Emballé dans une production de grande qualité, The Twenty Seven Club est donc rutilant, sans être aucunement novateur.

Conçu manifestement pour l’audiophile, le DVD bonus présente l’album en version 5.1 surround et un long documentaire narre son enregistrement en une heure trois quarts de prises en studio, entrecoupées de commentaires de Rob Reed : un peu long peut-être, même pour le fan. Une vidéo promotionnelle de « The Lizard King » vient compléter cette édition spéciale.

Les admirateurs de Chameleon regretteront la marche arrière tandis que les fans de la première heure apprécieront ce revirement en faveur d’un format plus proche des sages canons du prog’. L’essentiel est néanmoins conservé : les mélodies attachantes, les parties instrumentales épiques, et la voix vibrante de Christina Booth.

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