coup de coeur
21 Octobre 2013

Ayreon

The Theory Of Everything

par Dan Tordjman

A la Chromateam, il existe des rites auxquels nous sommes soumis. En effet, certains évènements nous dressent le poil et augmentent notre degré d'impatience. Chaque livraison d'Arjen Lucassen fait partie de cette liste très fermée. Il va sans dire que ce nouveau chapitre discographique d'Ayreon ne déroge pas à la règle, surtout après le succès de 01011001. Il était donc légitime de se demander ce que le géant batave était capable de proposer après un tel album. Sa parenthèse solo ainsi que Star One ayant connu des fortunes diverses, on attendait du monsieur qu'il redresse la pente avec The Theory Of Everything. Une attente encore plus justifiée quand le bonhomme annonce qu'il « repart de zéro » en terme d'approche. De quoi susciter bien des curiosités.

S'il dit avoir changé de mode opératoire, Arjen Lucassen n'a par contre pas dérogé à son habitude de s'entourer de pointures de la scène progressive internationale (en nombre réduit, en comparaison à 01011001). D'album en album, il place la barre de plus en plus haut. Cette fois-ci, dans la famille « Légendes du Prog'  », on notera la présence - excusez du peu ! - de Rick Wakeman, Keith Emerson, John Wetton, Steve Hackett et Jordan Rudess. Au rayon des chanteurs, Lucassen n'a pas fait d'entorse à la règle qui consiste à inclure des vocalistes reconnus comme Cristina Scabbia, Marco Hietala, JB ou Tommy Karevik mais aussi des « petits nouveaux » comme Sara Squadrani (Ancient Bards, véritable révélation de l'album) et Mike Mills (ToeHider, qui n'est plus vraiment une révélation pour vous qui nous lisez).

Voilà pour le casting. Revenons à l'angle d'approche. Par le passé, chaque titre d'Ayreon pouvait s'inclure dans un ensemble, tout en ayant son identité propre. Pour l’auditeur, il était alors possible de se concentrer sur cette piste et de la repasser à foison. Rien de tout ça ici. Arjen Lucassen veut l’avoir en main, faire en sorte qu'il prenne le temps d'assimiler totalement ce double album. Vous l'aurez compris, ce n'est pas en allant chercher votre baguette que vous prendrez plaisir à écouter The Theory of Everything. Le découpage et le format des titres ont été pensés pour être écoutés dans un contexte de concentration et d’abstraction du monde extérieur. Un coup de poker qui n’est pas sans risque et qui surprendra les fans de la première heure imaginant Lucassen bien plus à l'aise sur les longs formats. On retrouve, disséminés tout au long du disque, sa patte : la cohabitation entre passages et rythmiques Heavy, les thèmes orientaux et celtiques et les éléments vintage comme l'orgue Hammond ou le Mini-Moog.

On pouvait être sceptique sur la volonté d'Arjen Lucassen de vouloir « repartir de zéro ». A chacun de juger. Dans tous les cas et comme pour chaque album d'Ayreon, on a affaire là à une œuvre riche et consistante, représentative du perfectionnisme maladif du géant hollandais, et qui fait de ce disque l’un des incontournables de 2013. Le soucis du détail et du découpage qui, disons-le, risque d'en perturber quelques-uns, montre à quel point le musicien est pointilleux. Et ça, c'est une qualité qu'on ne pourra jamais lui retirer.

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