coup de coeur
18 Octobre 2013

The Tangent

Le Sacre du Travail

par Florent Canepa

Reprendre contact avec le “groupe” The Tangent aujourd’hui c’est en réalité plonger dans l’oeuvre humble mais fantasque d’Andy Tillison, grand initiateur d’une sinfonia electrica en plusieurs mouvements, au titre français proposé comme un miroir au travail de Stravinsky. Nous sommes conviés ici, avec ce septième album déjà, à expérimenter quelque chose de différent.

À l’écoute, tout se confirme : on est bien face à la singularité d’une oeuvre solitaire (malgré quelques invités comme Gavin Harrison) et néanmoins grandiose, marquée par des influences classiques (on peut aussi mentionner Erik Satie, ou même Prokofiev, pour rester en Russie, au son des bois annonçant le loup). C’est cela et bien plus encore, car le chef d’orchestre puise aussi naturellement, pour son florilège, dans le progressif rétro et souvent psyché. Les ambiances s’enchaînent et donnent le tournis dès le second mouvement, ce qui rend l’analogie passée avec Transatlantic complètement obsolète. Pourtant, les Américains s’y connaissent dans le registre faste des oeuvres fleuve. Mais, seul, Andy Tillison va beaucoup plus loin, secouant dans son shaker musical Gerschwin, Bernstein, les Who et Genesis. La production n’en met pas plein les oreilles, mais les amateurs de claviers d’antan – de l’orgue Hammond relax au lead amoureux du Bend – seront à la fête.

La voix discrète du maître des lieux s’appréhende comme celle d’un conteur, qui donne quelques racines à un arbre tortueux. Une voix qui murmure Jon Lord parmi les semeurs ayant fait pousser la chose, mais on imagine aussi qu’Andy Tillison a voulu donner vie à quelque chose d’actuel, voire d’intemporel. En mélangeant tout ce qui a été considéré comme novateur et moderne à l’époque de son apparition (la musique contemporaine, le jazz sous plusieurs formes, le progressif), il pourrait courir le risque d’être considéré comme un nostalgique qui empile. Pourtant, l’harmonie, la symbiose qui s’empare du disque, affirment à chaque mouvement qu’il a réussi son pari. Seuls les titres bonus (un jazz court et mou, un live punk d’un autre âge et un edit inutile) surprennent et laissent un arrière-goût bizarre. Mais, et c’est l’avantage, l’heure éclétique et fantastique qui aura précédé nous a déjà conquis...

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