coup de coeur
13 Septembre 2013

Dobrinka Tabakova

String Paths

par Christophe Manhès

C'est devenu une tradition chez ECM : ils illustrent leurs albums par des visuels magnifiques, mais d’une abstraite austérité, confortant par là tous ceux qui considèrent les productions de ce fameux label comme « aseptisées, froides et monochromes ». ECM oublie régulièrement qu'une pochette se doit avant tout d'illustrer le tempérament d'une musique. Or, exprimer celle de Dobrinka Tabakova à travers ces vagues abstraites et opaques, comme ouvrant une fenêtre sur d’impénétrables ténèbres, c’est tromper le chaland. Car l’oeuvre de cette jeune et belle compositrice d'origine bulgare (d’à peine trente-deux ans) n'a rien d'un puits sombre avaleur de lumière, mais tout d'un hymne rayonnant et sensuel porteur de ferveur spirituelle !

Autour de cette étonnante prêtresse se sont rassemblés d'autres talents qui ont su donner un beau relief à la musique de Dobrinka Tabakova qui, pour la première fois, fait l’objet d’un disque qui lui est exclusivement consacré. Ce ne devrait pas être le dernier car quand on écoute le « Concerto for Viloncello and String » on comprend combien cette excellente compositrice maîtrise son écriture tout en étant capable d’aller au-delà des notes embobineuses et laisser s’écouler cette vastité que seule la grande musique sait faire entendre. Il faut également écouter la surprenante « Suite Old Style » qui entrelace passé et présent avec une humble virtuosité où, l’air de rien, Tabakova dresse un pont entre les différentes énergies de musiciens aussi prestigieux que Vivaldi, Bartók et Arvo Part. De ce dernier, Dobrinka Tabakova a su retenir l’économie de moyens pour dilater de puissantes beautés dénuées des mauvaises graisses du pathos, et atteindre les cœurs en les stimulant avec l’intensité de son feu sacré.

Tabakova prouve que la nouvelle génération des musiciens contemporains ose enfin remettre le beau — qui n’est ni forcément superficiel, ni forcément réactionnaire — au centre de leurs préoccupations esthétiques. C’est une nouvelle étape pour la « grande » musique qui semble avoir enfin tourné la page des ukases des tenants des sécheresses de l’atonalité.

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