coup de coeur
30 Août 2013

Karnivool

Asymmetry

par Dan Tordjman

Asymmetry est l'un des albums les plus attendus de 2013. L'une des arlésiennes progressives dont tout le monde rêvait. Quatre ans après la sortie de Sound Awake, on peut dire que Karnivool a su se faire désirer. Partisans du peaufinage et de la recherche de la perfection quitte à y passer du temps sans le compter, les Australiens ont ainsi façonné leur nouvelle perle. En s'acoquinant notamment avec Nick DiDia (Mastodon, Rage Against The Machine), le groupe de Perth a acquis grâce à Asymmetry une production immaculée, un exemple de consistance et d'intensité sonore dont les maîtres sont Meshuggah, Tool et, dans un registre moins heavy, Peter Gabriel, notamment avec Up.

Cette quête de textures et de sonorités est le fruit d'inlassables expérimentations sur la voix ou encore le son de batterie trituré de « Nachash » par exemple. Si l'ensemble est d'une cohésion rare, chaque morceau possède sa propre force. Citons, par exemple « Nachash », « We Are » dont les ambiances glauques n'auront de cesse de vous hanter et vous faire rejouer le titre. Des morceaux lourds donc, pesants, qui tranchent avec le rythme mid-tempo d'« Aeons », les deux perles, « Eidolon  » et surtout « Sky Machine » qui redéfinit peut-être les standards d'un titre dit progressif. L'équilibre y est pour ainsi dire parfait. Le parallèle avec Tool (et dans un degré moindre, Porcupine Tree) est inévitable mais la voix de Ian Kenny, claire et feutrée, posée juste comme le requiert le titre est moins torturée que ne pourrait l'être par moment celle de Maynard James Keenan. Elle agrémente l’ensemble de lumière, avec toutefois une certaine parcimonie. La notion d'équilibre entre calme angélique et violence tellurique est une nouvelle fois démontrée avec « The Last Few », antithèse de son prédécesseur sur le disque.

Asymmetry est une chaîne de montagnes russes, qui fait passer l'auditeur de Charybde en Scylla, le propulsant du calme à l'agitation en un claquement de doigts mais, et c'est là tout le délicieux paradoxe faisant de ce disque une réussite, avec délicatesse et intelligence comme le prouve « Alpha Omega ». Pour autant, certains n'apprécieront pas forcément les escapades sonores comme « Asymmetry » ou « Om ». Sans doute figure d'hommage à Robert Fripp sauce australienne, ces titres, disséminés ici et là au long du disque et sur lesquels l'auditeur lambda se questionne quant à leur réel intérêt apparaîtront anecdotiques (inutiles pour certains) au fil des écoutes. Il est clair qu'un album de Karnivool ne se digère pas après la première écoute. De nombreux replays sont nécessaires pour en apprécier l'essence même. Asymmetry est un bloc musical sensoriel qu'on se prend en pleine face. Et venant d'Australie, ça n'est pas fini puisque les nouveaux albums de Caligula's Horse, Dead Letter Circus, Like Thieves & Helm sortent tout frais du moule et qu'ils feront bientôt l'objet d'articles dans ces mêmes colonnes. L'avenir du progressif passe sans aucun doute Down Under. Et Asymmetry en est une première preuve.

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