coup de coeur
06 Août 2013

Deafheaven

Sunbather

par Guillaume Chauvat

Deafheaven est un groupe en pleine adolescence. Roads to Judah, paru en 2011 nous avait révélé un projet à la croisée du post rock et du black metal, dans un contexte voyant une recrudescence de groupes fusionnant ce type d’approche musicale. Post metal pour les uns, blackcore pour d’autres, leur nouvelle composition est cette fois-ci plus convaincante.

Sunbather nous propose des ambiances sommes toutes assez similaires au précédent tome, récits de vie déçus et pessimistes, crachés sous un mode screamo empreint de colère. Sauf que cette fois-ci, le récit est plus convaincant. Le résultat d’un effort de synthèse : de cinq éléments, le groupe est devenu un duo de compositeurs, accompagné par un nouveau batteur. Ce recentrage a eu comme produit une œuvre plus contrastée, moins plate que Roads to Judah : quatre pistes nerveuses et agressives, séparées par des intermèdes apaisés convaincants, le tout donnant un véritable relief à ce nouvel album. Ces respirations contribuent à générer un effet d’ensemble et laissent entrevoir de belles éclaircies, dans un jeu de clair-obscur construit tout au long des sept pistes que compte Sunbather. Ainsi, Deafheaven place la transition comme élément-clé de son travail de composition, à différentes échelles de travail, que ce soit par cette insertion opportune d’intermèdes complets ou encore par de soudains changements d’environnement.
Techniquement, le son est plus propre et moins confus. La réduction du nombre de protagonistes a également eu pour effet une meilleure justesse dans le choix de l’instrumentation. Bien que parfois très dense, l’atmosphère connaît des variations plus appréciables. J’en veux pour preuve la place occupée par la batterie, s’inscrivant dans un rôle créatif, bien plus à propos que le marteau-piqueur sec et lassant de Roads to Judah. Même si son apport est discutable, la voix occupe un rôle mieux délimité, cette fois moins noyée dans le magma colérique des instruments l’accompagnant.

Sunbather est un disque plus volontaire dans l’expression de différents registres musicaux, se plaçant quelque part entre le Panopticon d’Isis et How Strange, Innocence de Explosions in the Sky. « Vertigo » est probablement la piste la plus représentative de cette hybridation : un motif enchaîné crescendo à la manière de certains groupes de post-rock introduit la basse et assombrit peu à peu l’horizon. On se surprend même à reconnaître quelques accords heavy, anecdotique preuve que le groupe ne se cantonnera certainement pas à une étiquette définie.
En définitive, un résultat illustrant de belle manière la progression du groupe, ainsi que les richesses promises à la croisée des genres.

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