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10 Juillet 2013

Igorrr

Hallelujah

par Jean-Philippe Haas

Plus encore que Nostril son prédécesseur, Hallelujah est une créature tout à fait remarquable et probablement unique en son genre. A-t-on jamais conçu en effet une idée plus dérangée, plus insane, que celle qui consiste à marier electro, black metal et musique baroque ? Le machiniste Gautier Serre alias Igorrr, l’un des lobes frontaux de Whourkr, a pourtant osé blasphémer de la sorte. Une tribu dévote l’accompagne dans son œuvre sacrilège parmi laquelle on relève la présence d’une diva impie (Laure le Prunenec), un guitariste païen de l’extrême (Teloch), un violoniste (Benjamin Violet) et une foule d’autres musiciens déséquilibrés, dont un accordéoniste, un saxophoniste et un hurleur. La liste des titres fait état d’un humour léger, que vient corroborer la musique, association presque naturelle entre la ronce, le chrysanthème et le poil à gratter. Les écueils peuvent être nombreux lorsqu’il s’agit de mettre toutes ces tendances sur un pied d’égalité. La tentation de l’exercice de style ou du joyeux capharnaüm vaguement contrôlé guette à chaque instant. Mais hormis les rares moments où l’on semble assister à la simple superposition d’une composition préenregistrée et de rythmes industriels, cet apparent salmigondis parvient à défier les lois du bon sens et force crânement le barrage de la réticence avec son breakcore cinglé nourri autant au clavecin et qu’aux blast beats dont « Absolute Psalm » est peut-être l’expression la plus aboutie. Quelqu’un a dit que lorsqu’on pouvait nommer un nouveau genre, c’en était déjà fini de lui. Il n’existe aucun terme pour décrire cette musique avec précision si ce n’est celui, peu satisfaisant et pas très sexy de baroquecore. Est-ce à dire qu’Igorrr a de beaux jours devant lui ? Nos prières l’accompagnent.

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