coup de coeur
10 Juin 2013

Fish

Fishheads Club Live

par Jean-Philippe Haas

La fin de la décennie deux mille n’aura probablement pas été un très bon souvenir pour Fish, tant du point de vue personnel qu’artistique. Fatigué, sans voix, le géant écossais aura connu, outre ses déboires sentimentaux, des problèmes de cordes vocales qui l’auront contraint à un repos forcé mais finalement bienvenu. Après de longs mois sabbatiques, il décide en juin 2010 de retourner sur scène, sous une forme qui lui permette de reconstruire sa voix petit à petit. Aux côtés de Foss Paterson (claviers) et du fidèle Frank Usher (guitare), Monsieur Dick se lance ainsi dans une tournée acoustique qui au bout du compte ne durera pas moins de quinze mois et quelques cent quatre-vingts concerts !

Deux performances ont été enregistrées lors de ce périple. L’une d’elles en début de parcours, en décembre 2010 à l’université de Derby, l’autre devant un public trié sur le volet… dans le propre salon de Fish en mars 2012. Sur ce second DVD, chaque chanson est précédée d’un commentaire du principal intéressé… passionnant pour l’anglophone qui maîtrise l’accent écossais ! Entièrement adaptées aux besoins de cette longue série de concerts, les instrumentations ont par ailleurs connu des évolutions sensibles au fil de la tournée. Le duo Paterson/Usher a remarquablement aménagé les compositions et pour qui n’aurait jamais entendu les versions électriques de « Vigil In A Wilderness of Mirrors » ou « Incubus », ces interprétations dépouillées pourraient sembler toutes naturelles. Si le choix des titres joués a lui aussi subi quelques changements en route, la setlist reste axée en majorité sur les deux premiers albums solo et la période Marillion, et n’offre guère de surprise, conservant d’inamovibles classiques comme « Slainthe Mhath », « Punch And Judy », « Jigsaw », « Brother 52 », « State of Mind » ou encore « The Company ».

Sous ce format minimaliste, impossible de dissimuler par un déluge de décibels d’éventuelles faiblesses vocales. Exposé, vulnérable, Fish s’en sort pourtant admirablement bien, à tel point qu’on se croirait revenu dix ans en arrière, lorsque le bonhomme ne connaissait pas ses défaillances chroniques. La chanson qui introduit le concert de Derby, interprétée a capella, symbolise son état d’esprit : retrouver du plaisir, se prouver à lui-même qu’il sait encore chanter. On est bien loin des prestations de la tournée Clutching at Stars, où il était à la peine, compensant son irrégularité vocale par un incroyable talent de frontman. C’est un véritable bonheur de le sentir à l’aise sur des titres qu’il ne parvenait plus à restituer dignement ces dernières années, et de l’entendre, comme à son habitude, plaisanter longuement et tailler le bout de gras avec le public entre deux chansons.

Parmi les nombreux concerts publiés ces dernières années par son label, celui-ci se distingue largement. L’interprétation y est sobre et juste, le plaisir n’y est pas feint. Souhaitons que l’album à venir soit imprégné de toutes ces good vibes.

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