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30 Mai 2013

Kompendium

Beneath The Waves

par Jean-Philippe Haas

« Remember when the music meant more than just a click of a mouse… ». C’est l’un des arguments d’une campagne rondement menée pour promouvoir Beneath The Waves, première production du super-groupe Kompendium monté par Rob Reed (Magenta). Axée sur le casting, la qualité audio et le soin porté à l’habillage du produit (un digipack CD/DVD 18x18 ou un double 33 tours 180 grammes, les deux versions étant agrémentées d’un luxueux livret), l’opération publicitaire semble avoir porté ses fruits puisque l’objet se retrouve bien placé dans la plupart des bilans et recueille nombre de chroniques dithyrambiques. La respectable Classic Rock Society l’a élu album de l’année 2012 et le très critique Babyblaue Seiten lui-même accorde ses violons avec une presse spécialisée à l’éloge facile. On remarquera néanmoins que malgré cette quasi unanimité, il n’y a pas grand monde pour crier au génie : il semblerait que Beneath The Waves soit simplement un fort bon disque, présenté dans un fort bel emballage.

C’est avec un peu plus de recul que Chromatique s’est penché sur cette œuvre ambitieuse. L’équipage du navire est impressionnant. Citons quelques-uns des participants parmi la pléthore des pointures du prog venues prêter main forte à Reed : une belle brochette de guitaristes (Steve Hackett, Francis Dunnery, Nick Barrett, John Mitchell) mais aussi le saxophone chaleureux de Mel Collins et la frappe réputée de Gavin Harrison. Le micro est tenu par Steve Balsamo, chanteur de la comédie musicale Jesus Christ Superstar dans les années quatre-vingt-dix, et occasionnellement par Angharad Brinn, une émule de Loreena McKennitt. Si on ajoute à cette belle équipe un chœur et un orchestre classique, on obtient une configuration idéale, suffisamment riche pour les besoins d’un album conceptuel qui se déroule quelque part en Irlande au début du siècle dernier : un jeune pêcheur, frappé par la perte de son enfant et le suicide de sa femme, est retrouvé un jour sur le rivage, jurant que sa bien-aimée est venue à lui en mer, pendant une tempête.

Des sonorités celtiques, inévitables étant donnés le contexte de l’histoire et la nationalité du maître de cérémonie, sont présentes tout au long de l’album, si bien qu’on pense parfois à Alan Simon et sa trilogie Excalibur. On retrouve également l’un ou l’autre tic d’écriture qui rend inévitable la comparaison avec Magenta, sur les titres les plus rock en particulier. Monument érigé à la gloire de la grandiloquence, « Exordium » ouvre idéalement le disque : emphase, grands sentiments, chœurs, et des solos de guitare très expressifs interprétés par Nick Barrett. « The Storm » est un autre de ces « epic » grandioses aux allures de bande originale de film. À défaut de sobriété, Rob Reed sait aussi faire dans la concision, à l’instar de « Lilly », par exemple, typique ballade façon folk celtique ou « One Small Step » qui permet à Steve Balsamo de prouver l’étendue de son talent. Dans l’ensemble, hormis l’utilisation plutôt judicieuse des chœurs (notamment sur « Il Tempo è Giunto »), la prise de risque est minimale du point de vue musical, et c’est tout le savoir-faire de Reed en tant que compositeur, arrangeur et producteur qui fait de Beneath The Waves un disque d’une grande richesse, formellement réussi et qui, sans soulever le plus débordant des enthousiasmes, comblera l’attente des amateurs de musique mélodique et sophistiquée.

Le DVD fourni en bonus fera sûrement le bonheur des audiophiles puisqu’il ne propose pas moins de trois versions en 5.1 de l’album : 24/96, DTS et Dolby Digital. Les trois clips promotionnels de « Lilly », « Beneath The Waves » et « Mercy of The Sea » sont également présents, aux côtés de séquences retraçant l’enregistrement du disque. Ces différentes vidéos ont comme principal intérêt de mettre des visages sur les nombreux intervenants. Il est cependant dommage qu’une version physique « simple » ne soit pas proposée. Ainsi, ceux qui ne veulent pas s’encombrer de suppléments qu’ils jugent inutiles devront se contenter de télécharger leur exemplaire, bien que l’investissement, somme toute très modique étant donné la qualité du produit, vaut certainement d’être réalisé, et de préférence directement sur le site de l’artiste.

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