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19 Mars 2013

Hiromi

Move

par Jean-Philippe Haas
dans

L’infatigable Hiromi, non contente de parcourir le globe à longueur de temps, trouve encore le temps d’enregistrer des disques, et pas avec n’importe qui. La belle Japonaise a toujours su bien s’entourer et entretenir de judicieuses collaborations comme avec Stanley Clarke et Chick Corea. Et on suppose que ces messieurs ne sont pas fait prier très longtemps avant de solliciter la pétillante pianiste ! A l’instar du Sonicbloom, qui comptait en son sein une fringante jeunesse sous les traits de Tony Grey, Martin Valihora et David Fiuczynski, Hiromi s’est constitué avec The Trio Project un groupe de sidemen de luxe, les vétérans Anthony Jackson à la basse et Simon Philips (Toto) à la batterie. Initiée sur Voice en 2011, cette brillante association embraye dès l’année suivante sur ce Move marqué par une énergie qui doit autant à l’enthousiasme de sa meneuse qu’à la vigueur de ses deux gardes du corps.

Fidèle à ses habitudes, la jeune virtuose effectue le grand écart entre un héritage assumé qu’elle continue en permanence d’honorer et des envies déraisonnables de liberté, soufflées par ce mauvais garçon qu’est le rock. Ainsi, dès le très heavy titre d’ouverture « Move », elle utilise son instrument comme un pourvoyeur de rythmique, emportée par un rouleau compresseur basse/batterie. Si les choses se calment un peu par la suite, et notamment sur un « Brand New Day » de facture plus classique, la frappe sèche de Philips et la basse ronronnante de Jackson donnent une pesanteur et une frénésie non négligeable à de nombreux passages, comme la première et la troisième partie de la « Suite Escapism » ou le luxuriant final « 11 :49 PM », véritable signature de la musicienne nippone. Péché mignon de ses velléités d’émancipation, le loyal synthétiseur Clavia Nord Lead 2 trouve aussi de quoi s’exprimer sur « Endeavor » et « Margarita », avec plus de parcimonie toutefois que par le passé. Les thèmes développés tout au long de l’album s’inscrivent dans les préoccupations habituelles d’Hiromi : le temps qui passe inexorablement, la vie et ses contraintes parfois aliénantes mais aussi ses échappatoires salvatrices, ses moments de joie et d’explosion. Car la pétulante artiste transpire l’optimisme par tous les pores blancs et noirs de ses claviers.

Sans être exactement un modèle de rébellion, Move représente un rapprochement encore plus marqué qu’auparavant avec le rock, ou du moins avec une énergie primale que le jazz seul et ses propres codes ne pourraient matérialiser de manière totalement satisfaisante.

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