coup de coeur
14 Mars 2013

Marillion

Sounds That Can't Be Made

par Florent Canepa

Lorsque l’on a une empreinte discographique aussi forte que celle de Marillion, il arrive parfois que la lassitude s’installe même dans le coeur des fans les plus assidus si la nouveauté n’est pas à la hauteur des glorieux classiques. Et, de temps en temps, un coup de force vient rompre la monotonie. Sounds that can’t be made est de cette trempe. Loin des double albums rutilants mais inégaux en leur sein, dépassant les essais acoustiques plaisants mais anecdotiques, le nouvel album des Britanniques est une synthèse : le neuf et l’ancien, le long et le court, le simple et le complexe.

Huit volets le composent, tous très différents. Rien que pour la longue pièce d’ouverture (fait rare pour la bande de Steve Hogarth), l’album vaut le détour. Elle aborde en outre un sujet très sérieux, celui du conflit israëlo-palestinien et de la fameuse bande de Gaza, à travers les yeux innocents d’un enfant. Un vrai bijou évolutif où la douceur se mue peu à peu en dureté et en dissonance, comme un écho aux conflits. Même Steve Rothery, pourtant plus habitué à la délicatesse et aux riffs aériens, offre des moments hargneux. Le morceau titre qui suit est dans un tout autre registre : complètement rétro, il laisse la part belle à une ritournelle synthé de Mark Kelly, finalement plus proche de la fin de l’ère Fish ou du début tout en grâce de l’actuel meneur de troupe avec Season’s End. « Pour my love » nous offre ce moment de tranquillité, rapidement rompu par « Power », le single puissant évidemment et pas si éloigné de la période Anoraknophobia. Ce qui n’est guère étonnant quand on sait que les bases de la composition ont été jetées à cette période. Autre morceau épique permettant à l’album d’atteindre les soixante-quinze minutes, « Montréal » est un cadeau au public québecois, même s’il est desservi par des paroles un peu niaises. L’emphase typique du groupe se retrouve en deuxième partie d’album notamment à travers « Invisible ink » ou « Lucky Man », peut-être les morceaux les moins majeurs de ce nouvel album. C’est déjà la fin avec une superbe ballade au piano, « The Sky Above the Rain », typique de l’intimité que Steve Hogarth réussit à installer avec l’auditeur comme il le fait avec maestria en concert.

Presque une heure vingt de musique que l’on n’a pas vu passer et qui nous fait dire sans crainte que Marillion vient de signer là l’un de ses meilleurs albums à ce jour. Tout simplement. Et après dix sept sorties et plus de trente ans de carrière, ce n’était pas un maigre défi !

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