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01 Mars 2013

Unitopia

Covered Mirror Vol.1 Smooth As Silk

par Jean-Philippe Haas

Les reprises et hommages fleurissent ces dernières années, et même si les artistes et les labels s’en défendent, on se doute bien qu’il s’agit avant tout de renflouer les caisses à peu de frais. On se souvient du Songs from The Mirror de Fish, ultime disque de l’Ecossais pour une major… Ainsi, l’histoire nous montre que la plupart des productions de ce genre ne contiennent rien d’intéressant à se mettre sous la dent, sauf si l’acheteur accepte de payer pour des versions platement et inférieurement interprétées, sans une once d’ingéniosité. Comme exemple le plus récent de sortie inutile, on peut citer Nektar et son A Spoonful of Time, qui reprend bien poliment, avec le concours de quelques invités de marque, des chansons de Rush, Alan Parsons et autre Pink Floyd.

Les Australiens d’Unitopa rendent à leur tour hommage aux musiciens qui les ont inspirés avec Covered Mirror Vol.1 Smooth As Silk, relectures ataraxiques, comme l’indique le titre, de standards du prog’ notamment. Là où le repreneur lambda se contente au pire du minimum syndical et au mieux de reproduire fidèlement les originaux, la bande à Mark Trueack a parfois copieusement retravaillé les morceaux pour les faire entrer dans cette mer de la tranquillité, où tout s’enchaîne paisiblement, tel un concept-album aux thèmes nébuleux.

Evidemment, les artistes anglo-saxons se taillent la part du lion, « The Way the Waters are Moving » de The Flower Kings ne devant sa présence qu’au fait que le groupe avait travaillé sur ce titre dans le cadre d’un album pour Musea, le très discutable quadruple A Flower Full Of Stars - A Tribute To The Flower Kings, grand amas de tout et n’importe quoi, au milieu duquel surnagent quelques rares formations dont nos protagonistes. Parmi les compositions qui n’ont pas subi de bouleversements notables, on trouve « Calling Occupants of Interplanetary Craft » des Canadiens de Klaatu, le tube de The Korgis , « Everybody's Got to Learn Sometime », « To One In Paradise » de The Alan Parsons Project ou encore « The Rain Song », l’une des rares ballades de Led Zeppelin, qui conserve dans cette version la richesse instrumentale que Jimmy Page lui avait donnée.

Les autres titres ont subi des changements plus conséquents, principalement au niveau du tempo et des instruments employés. Le saxophone de Dan Burgress fait souvent des merveilles pour enluminer certaines parties et leur imprimer la patte Unitopia. Parmi les grandes figures célébrées du rock progressif, Genesis hérite d’un medley. On se laisse prendre au jeu de ce condensé de la période Peter Gabriel, sans même se formaliser de la présence du proto-Genesis, (« The Silent Sun ») plutôt que d’un extrait de Tresspass. Le cas du medley consacré à Yes peut-être discuté davantage, puisque qu’un hit rythmé comme « Owner of A Lonely Heart » se trouve métamorphosé en une ballade atmosphérique… L’idée d’utiliser une chanson à contre-emploi est intéressante, mais en l’occurrence le résultat est décevant. « Man of Colours », issu de l’album idoine des Australiens de Icehouse, est quant à lui dépossédé de son aspect synth pop un peu daté et prend ici des couleurs pop/rock plus modernes.

Téméraires, les Australiens ont également tenté de reprendre « Easter », sachant qu’il était difficile de faire mieux que Marillion, tant cet hymne est, du point de vue de l’inspiration, l’un des quatre ou cinq sommets du groupe (et, osons le dire, de la pop en général). La tentative est louable, un peu plus symphonique (comme on dit dans le jargon du prog), sans la touche folk de l’originale. Il en va de même pour « Even In The Quietest Moments » des Britanniques de Supertramp. L’alchimie entre la musique et la voix de Roger Hodgson n’a pas d’équivalent, la réplique ne pouvait être qu’inférieure à l’authentique.

Unitopia se sort donc avec les honneurs de ce périlleux exercice. Un titre comme Covered Mirror Vol.1 Smooth As Silk, suppose un second volet, peut-être plus énergique. Sans prétendre qu’on attend celui-ci impatiemment, la curiosité qu’a éveillée ce premier volume nous fera probablement y jeter une oreille attentive.

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