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26 Février 2013

Ibrahim Maalouf

Wind

par Maxime Lalande

On peut dire que tout va bien pour ce petit génie de trompettiste qu’est Ibrahim Maalouf. Après seulement trois albums il était déjà parmi les plus grands, invité en tête d’affiche dans des festivals comme Jazz in Marciac, et à seulement trente-trois ans le voilà désormais programmé à l’auditorium du Louvre. Mais d’où vient donc ce succès ? De sa jeunesse, lui donnant les moyens de dépoussiérer un genre en stagnation ? De ses influences pluriculturelles ? De son talent d’interprétation ?

D’où qu’il vienne, Ibrahim Maalouf n’a pas peur de le remettre en jeu avec ce quatrième album pour le moins surprenant. Encore imprégné par les thèmes arabisants et l’énergie endiablée (et un peu folle) qui caractérisait Diagnostic, l’écoute des premières mesures de Wind a valeur de rupture. Nous voilà désormais plongés dans un jazz épuré et classieux, beaucoup plus proche de ses standards occidentaux. Ici pas de chœurs, pas de guitare électrique, pas de batucada, pas de samples… On se contentera d’une formation classique ; piano, contrebasse, batterie, saxophone et bien sûr, la trompette.

Classique dans sa forme mais atypique dans son discours, Wind témoigne lui aussi de l’originalité de son créateur ; nocturnal, poétique, épuré, envoûtant… Le franco-libanais abandonne ici ses velléités festives et joue de sa trompette avec des gants de soie, tout en finesse et en subtilités, il se fait discret et pertinent dans ses interventions fussent-elles nombreuses ; et toujours avec l’interprétation intense et émotive qu’on lui connait. Des émotions et des sensations c’est justement ce dont il est question dans ce disque, chaque morceau nous immerge alors dans son univers particulier, les ambiances s’enchaînent avec une vraisemblance implacable ; « excitement » saura vous insuffler l’agitation et « waiting »… la lassitude.

Ibrahim a fait ici le choix de laisser une place toute particulière au saxophone qui dédouble la majorité de ses parties lead de trompette. Un choix contestable puisque occultant l’intensité et la justesse de son jeu, le charisme et l’ampleur naturelle de l’instrument auraient dû lui éviter cet artifice d’orchestration. C’est avec plaisir qu’on constate que le trompettiste n’a rien perdu de ses talents pour l’improvisation et lorsqu’il s’émancipe de son perroquet à hanche c’est pour nous livrer des soli d’une autre planète dont il a le secret (« certainty », « sensuality »).

Avec ce quatrième album surprenant, Ibrahim Maalouf prend des risques et nous prouve une bonne fois pour toutes que la seule constante de son parcours musical reste la diversité. Cet homme est guidé par la passion et satisfait ses envies musicales sans complexe, prenant parfois son auditoire à contrepied. On ne doute pas que ce disque sache tout de même trouver son public, au vu de la qualité qui le caractérise.

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