:|
15 Février 2013

Ahleuchatistas

Heads Full of Poison

par Aleksandr Lézy

Ces adeptes de Charlie Parker et d’Emiliano Zapata n’en sont pas à leur coup d’essai, mais les phases successives par lesquelles les Américains sont passés sous le nom Ahleuchatistas peuvent laisser perplexes nombre d’entre nous autres auditeurs, pour la simple et bonne raison qu’ils nous baladent ! La progression aura été pourtant fulgurante en termes de réputation et d’audace. Passer des labels Angura à Tzadik en pérégrinant par Cuneiform, il y a pire. Seulement depuis Of the Body Prone signé par John Zorn, Ahleuchatistas a perdu de sa grandeur, de sa superbe.

Le départ de Sean Dail à la batterie a créé une mutation en quelque chose de moins subversif, moins bien pensé, même si son remplaçant Ryan Oslance a su jouer son rôle. Puis ce fut au tour de Derek Poteat le bassiste de s’en aller et là, ce fut le drame. La force explosive, revendicatrice du trio de départ s’en est trouvée annihilée. A deux, c'est-à-dire Shane Perlowin à la guitare et Oslance à la batterie, il a fallu se reconstruire. Une crise d’identité les a fait patauger dans le néant d’une recherche inefficace et malvenue. En 2011, Location Location ne sort donc pas sur Tzadik mais sur le label de Perlowin, on comprendra aisément pourquoi …

Ce nouvel album, le septième en moins de dix ans, annonce un retour sur Cuneiform ! Heads Full of Poison se démarque par une envie d’explorer de nouveaux horizons, d’élaborer de nouvelles formes musicales. La veine est la même, ce besoin d’énergie brute, de sonorités grinçantes, d’ambivalence artistique, mais les moyens pour y arriver sont différents. La recherche d’atmosphère, d’ambiance voire de théâtralité lorsque les acteurs se réveillent pour devenir furieux et délivrer une énergie malsaine et belle à la fois : voilà la nouvelle démarche de Perlowin, créer à partir de l’expérimentation. Les riffs de guitare sont à la base de Heads Full of Poison, vigoureux, astucieux, ethniques, sensibles et si dansants d’une certaine manière.

Ahleuchatistas se reconstruit d’une belle manière, ayant perdu de ses revendications impulsives pour gagner en maturité, en présence, en finesse. Malgré quelques passages d’élucubrations inutiles, le duo s’en sort plutôt pas mal, les idées présentes méritent le détour. La bonne production redéfinit les contours de cette musique complexe à deux, qui aurait pu perdre de sa rondeur sans la basse défunte. Un album tout en surprises, qu’il faut écouter d’une traite encore et encore pour ne pas passer à côté de certaines péripéties marquantes contenues en son centre.

 

Distribué par Orkhestra.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir