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12 Février 2013

Whyzdom

Blind ?

par Jean-Philippe Haas

Le metal symphonique hexagonal, qui jusqu’ici ne regorgeait que de seconds couteaux, a enfin un représentant digne de ce nom. On le sentait venir, car malgré ses imperfections, From the Brink of Infinity véhiculait déjà un gros potentiel. Aujourd’hui, Whyzdom franchit encore une étape qui le place au seuil de la cour des grands.

Signée par un label sérieux (à défaut d’être majeur.. mais les temps sont durs !), la bande à Vynce Leff pose sur la table un album dont la puissance de feu n’a d’égale que sa grandiloquence. Le guitariste démontre à nouveau que ce genre en vogue est son élément, peut-être même davantage que le rock progressif, son premier amour. Hormis le visuel carnavalesque, Blind ? ne répète heureusement pas les écueils de son prédécesseur. Les titres ne se perdent plus dans une sophistication excessive qui desservait leur impact immédiat. Ici, le raffinement et la discrète complexité se mettent au service de l’efficacité : riffs destructeurs, rythmique implacable, et surtout des mélodies et refrains plus faciles à mémoriser (un atout non négligeable en concert !). Les Français n’en ont pas pour autant abandonné leurs ambitions de grandeur symphonique : « On The Road To Babylon » et « Cathedral of The Damned » décrochent ainsi la palme de l’emphase déclinée à l’extrême, grâce notamment à une production qui égale les plus hauts standards et à une orchestration d’un niveau rarement entendu dans un groupe de metal. Vynce Leff a exploité à fond les possibilités des technologies actuelles. Foin de violonnades caricaturales à la Royal Hunt, de cuivres cheap et de percussions monolithiques : le rendu est saisissant de réalisme.

S’il fallait pinailler un peu, ce serait côté voix, car bien que les chœurs, les paroles un peu simplistes (mais qui s’en soucie ?) et le doublement occasionnel du chant féminin par des vagissements dark font partie du décorum et s’intègrent parfaitement à un album aux fortes effluves gothiques, la voix de la petite dernière Elvyne Lorient n’a pas encore tout à fait trouvé son style. On ne saurait certes lui reprocher son léger accent français qui, au mieux passera inaperçu chez un public plutôt germanique qu’anglo-saxon, et au pire attendrira les puristes. Alors peut-être manque-t-il un peu de coffre, de nuance à cette demoiselle, des lignes de chant plus percutantes, ce petit quelque chose qui la démarquerait du troupeau des chanteuses du même genre. Mais les volontaires susceptibles de débattre avec elle de ces aspects en privé se bousculeront probablement au portillon…

Whyzdom a passé la vitesse supérieure, cela ne fait aucun doute. Le plus dur reste néanmoins à faire : entrer dans le dernier carré, où les places sont chères et où la moindre faiblesse est fatale. L’arsenal nécessaire est acquis, il ne reste qu’à aiguiser encore un peu les lames. Et on se permettra alors enfin de rêver d’un groupe français entrant au panthéon du métal symphonique…

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