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30 Janvier 2013

Subtilior

Absence Upon A Ground

par Aleksandr Lézy

En 2006, le groupe Areknamés offrait au monde du rock progressif Love Hate Round Trip, un double album remarquable. Michele Epifani, à la tête de cette formation italienne de Pescara, menait rondement son petit monde en tant que compositeur principal mais aussi en occupant plusieurs rôles comme le chant, le piano et autres synthétiseurs. C’est aujourd’hui avec un autre projet que le grand manitou à la galette des rois montre une autre facette de sa culture progressive.

Subtilior dévoile un nouveau visage toujours aussi intrigant par son côté sombre mais peut-être encore plus obscur par son approche musicale hermétique. Au sein du rock progressif se développe une petite milice de groupes aventureux dans le domaine de l’avant-garde. « L’avant prog » puise dans la musique contemporaine et sa virevoltante capacité à l’expressionnisme grâce aux instruments classiques.

Divisé en deux parties bien distinctes, deux longues pièces, « Absence Upon A Ground » dépeint un univers austère voire hostile, une forêt envahie d’insectes frémissants. Beaucoup de détails, de petits sons, d’harmonies complexes, de frottements dissonants viennent interagir avec l’auditeur qui se voit pourtant plongé dans une sensation duveteuse, presque méditative. Car au-delà de l’aspect avant-gardiste, Epifani sait créer des atmosphères, lentes il faut bien l’admettre où les secousses surprennent car disséminées à seulement quelques rares endroits, pour un effet de surprise certain !

Tandis qu’« Absence » d’une durée de trente minutes fait allusion à Iannis Xenakis dans une perspective réellement classique, « Upon A Ground » en trois mouvements, extrait la substantifique moelle d’un rock volcanique proche d’un free jazz moderne hallucinatoire. La production typiquement italienne prend le parti de coller à la réalité de la spatialité sonore. Les instruments sont détachés, les hauteurs de notes respirent, pour un résultat très propre et réussi.

Avec Subtilior, Epifani démontre qu’il est non seulement un véritable chef d’orchestre mais aussi un rudement bon compositeur, aussi éclectique qu’un « navire qui voudrait marcher avec quatre vents ». Seulement, même si la démarche est foutrement ambitieuse et difficile à mettre en place, « Absence Upon A Ground » reste encore frileux par son manque de prise de position. Les moments doux sont légions tandis que la gravité du propos aurait mérité des moments de rage, existants certes, mais tués dans l’œuf quasi instantanément. Il n’en demeure pas moins un album émotionnel et d’une grande force pourtant.

Commentaires 

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