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10 Septembre 2012

Echolyn

S/T

par Jean-Philippe Haas

Echolyn est un groupe qui se laisse désirer. Contrairement aux travailleurs à la chaîne comme The Flower Kings dont on n’attend plus vraiment grand chose, sinon une agréable surprise, chaque album des Américains depuis 1991 est une petite merveille imprévisible. Le très accessible The End Is Beautiful succédait ainsi en 2005 au titanesque Mei (2002) composé d’une seule pièce. Un inédit sorti sur la compilation After The Storm pour les victime de l’ouragan Katrina, la réédition de Cowboy Poems Free et la parution du second album solo du guitariste Brett Kull The Last of the Curlews (traité dans le dossier Echolyn ) n’auront pas suffi à éviter la lente transformation de certains doigts en moignons lépreux. Mais ça y est, après maints reports, un successeur – double qui plus est - voit enfin le jour à la veille de l’été 2012. C’est donc avec l’angoisse de la déception qu’un pouce et un index rongés jusqu’au sang déposent le bras du tourne-disque sur le microsillon encore vierge d’un trente-trois tours dont le visuel, un carreau crasseux et opaque, cultive le mystère.

Puissant et symphonique, « Island » n’apporte pourtant pas immédiatement les frissons escomptés. Exercice de style de seize minutes où se mêlent un peu toutes les facettes du groupe, ce titre d’ouverture dispose néanmoins d’une perfection formelle éclatante et d’une luxuriance brillamment distillée. Très à l’aise dans les fluctuations de registre, la voix de Ray Weston s’y fait emphatique ou intime. Le contraste est saisissant quand démarre le très bref « Headright », qui aurait plutôt sa place sur le premier disque solo de Kull, Orange-ish Blue (2002). Il ne manquerait en effet qu’une diffusion radio pour faire un hit de cette chanson qui en appelle autant à The Beatles côté vocal qu’à Midnight Oil pour la signature sonore. Avec « Locust To Bethlehem » et « Some Memorial », on retrouve le Echolyn de Mei : des cordes en abondance, des structures plus simples et des progressions minutieusement maîtrisées. Si la machine s’emballe encore occasionnellement après « Island » (sur le final de « Some Memorial » et sur « The Cardinal And I » notamment), c’est la sérénité qui domine, avec comme point d’orgue le majestueux « Speaking in Lampblack ». Dans l’ensemble plus discrète qu’auparavant, l’influence du rock et du blues à l’américaine reste tout de même identifiable, particulièrement sur « When Sunday Spills » et sur le très sobre « Past Gravity ». Avec « The Cardinal and I », on aperçoit aussi Spock ‘s Beard au coin de la rue, tout comme on peut entendre The Mandrake Project sur « Speaking in Lampblack », mais plutôt par appartenance à la famille que par citation volontaire. Le groupe a d’ailleurs délaissé au fil de plus de vingt années d’existence les références trop manifestes et ne doit aujourd’hui rendre des comptes qu’à lui-même. Echolyn joue du Echolyn, chose suffisamment rare dans le microcosme autosuffisant du prog’ pour être soulignée.

Il manque peut-être ici le grain de folie égaré après la déconvenue de As The World, ce sens de la démesure qui caractérisait Mei ou encore la fraîcheur et l’immédiateté de The End Is Beautiful. Le temps de l’expérimentation est passé, mais ce dernier-né n’en reste pas moins une œuvre superbe, chargé d’émotions, empreint de nostalgie, truffé de belles mélodies et de moments épiques. Typiquement le genre de disque qui se révèle petit à petit, pour peu qu’on lui laisse sa chance. La paroisse d’Echolyn conservera ses fidèles, et les derniers mécréants entreprendront sans nul doute leur conversion.

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