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14 Août 2012

Gentle Giant

Octopus (remasterisé)

par Jean-Philippe Haas

Octopus restera sans doute l’album le plus emblématique de Gentle Giant. Grâce tout d’abord à son visuel surprenant signé Roger Dean sur la version européenne (heureux les possesseurs du trente-trois tours !). D’autre part – et surtout – parce qu’il représente la quintessence du groupe dans toute sa flamboyance : une production spectaculaire pour l’époque, des arrangements incroyables (que celui qui se sent capable aujourd’hui de s’en sortir avec « The Boys In The Band » se lève !), une mixité instrumentale encore inégalée et des harmonies vocales qui ont valu des suées à plus d’un musicien dans les quatre décennies suivantes.

En 1971, les Britanniques enregistrent leur premier album conceptuel, Three Friends, qui raconte les parcours personnels très différents de trois amis d’enfance, et l’incompréhension mutuelle qui s’installe entre eux. Peu après, le batteur Malcom Mortimore, en convalescence après un accident de moto, laisse sa place à John Weathers. Moins exubérante que celle de son prédécesseur, la frappe du nouveau venu, à la fois sophistiquée et métronomique, confère par moments à Octopus un côté plus percutant. En huit pièces (d’où le titre du disque) et un peu plus d’une demi-heure, Gentle Giant expose sa science de la composition, ses idées d’avant-garde et son don naturel pour rendre fluide ce qui est atrocement complexe. « The Boys In The Band », du haut de ses quatre minutes de classe à l’état pur, humilie la plupart des titres à rallonge souvent inconsistants dont nous abreuvent nombre d’héritiers falots du prog des années soixante-dix. L’influence de la musique médiévale (« Raconteur Troubadour ») et de chambre (« Dog’s Life ») demeure importante et le groupe reste ainsi sur le créneau symphonique de Three Friends tout en y injectant un peu d’adrénaline (« A Cry For Everyone », « River »), ce qui donne lieu à quelques belles parties de guitare électrique.

La version remastered présentée ici accentue encore la clarté de la production d’époque et en restaure tout le dynamisme. L’extrait de concert fourni en bonus (un medley de l’album) démontre à quel point un spectacle de Gentle Giant était loin du récital pépère pour mélomane élitiste. La maîtrise technique inouïe faisait bon ménage avec un enthousiasme débordant auquel Derek Shulman n’était pas étranger. On ne saurait d’ailleurs trop conseiller au curieux de jeter un œil sur Giant On The Box et autre GG At The GG.

Dans un registre à la fois luxuriant et jusqu’au-boutiste qui connaîtra son apogée l’année suivante sur In A Glass House , Octopus ne pâlit pas une seconde face aux disques majeurs sortis la même année, tels Close to The Edge (Yes) ou Foxtrot (Genesis). Cette intégrité artistique causera à force la perte du groupe, qui ne connaîtra souvent qu’un succès d’estime, en un temps où le rock progressif savait pourtant remplir des stades. Cette belle réédition est l’occasion rêvée de rendre justice à l’une des formations « maudites » du rock audacieux.

Commentaires 

#1 Hymnos 16-08-2012 10:12
Belle chro et tres pertinente. GG à vraiment été le grand perdant des seventies. Peut-être ont ils payé le fait qu'ils se sont moins pris au sérieux que les autres formations à succès de l'époque. Pour s'en convaincre, il suffit en effet de les voir sur scène... fun, efficacité, exotisme et quelle énergie !
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