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10 Août 2012

XII Alfonso

Charles Darwin

par Jean-Philippe Haas

La création d’une pièce musicale sur la vie de Darwin n’est pas de nature à surprendre ceux qui suivent XII Alfonso depuis ses débuts. La composition du groupe a certes beaucoup fluctué au fil des deux dernières décennies, et il ne reste aujourd’hui des membres fondateurs et « cerveaux » que Philippe et François Claerhout, multi instrumentistes, accompagnés depuis 2009 de Stéphane Ducassé à la flûte. L’album est dédié à Thierry Morenao, batteur du groupe décédé en 2011, qui y aura fortement contribué et travaillé dessus jusqu’au bout. Grands pourvoyeurs de concept albums, dont une trilogie - encore inachevée - sur la vie de Claude Monet, les Français sortent aujourd’hui leur œuvre sans doute la plus complète, la plus aboutie.

Démesuré. C’est le premier mot qui vient à l’esprit pour qualifier Charles Darwin. Presque trois ans de travail pour trois disques retraçant chacun une partie de la vie du plus célèbre des naturalistes. Trois heures de musique, des dizaines d’instruments et d’invités, un livret de soixante-seize pages détaillant chaque « épisode » de cette grande épopée. Un brin mégalo, persifleront certains, mais l’existence palpitante de Darwin, de sa plus tendre enfance à Shrewsbury jusqu’à son enterrement en l’abbaye de Westminster, n’aurait pu se contenter d’être survolée rapidement.

Les événements, les voyages, les découvertes qui émaillent la vie du scientifique trouvent leur traduction en musique au travers d’une variété impressionnante d’atmosphères et d’instruments, de l’accordéon à la mandoline, en passant par le crâne de singe et la machine à écrire ! Les genres multiples qui se côtoient sur cette fresque sont ainsi à la hauteur de l’épopée que constitue la vie de ce grand homme. Le « rock progressif à la française » n’occupe plus guère que la portion congrue, tandis que les musiques dites « du monde », le folk (celtique, en particulier), le jazz, un psychédélisme à la Pink Floyd, la chanson française (« Annie », traitant de la mort de la fille préférée du savant, interprétée par …Gérard Lenorman !) et même la pop (« Sombre Thoughts » , ou « Emma and Charles », par Amy Keys et Ronnie Caryl), trouvent une large place parmi la cinquantaine de titres. En fil rouge, concept oblige, un thème récurrent unit l’ensemble de l’œuvre. Cette luxuriance est complétée par une richesse linguistique : bien que principalement chanté en anglais, l’album comporte également des passages en français et même en vietnamien (« Darwin’s Finches », « On The Origin of Species », « Collection Eight », coécrits et chantés par Huong Thanh). Parmi les innombrables invités, on notera un habitué des disques de XII Alfonso depuis The Lost Frontier (1996), le claviériste Mickey Simmonds (Mike Oldfield, Camel, Fish), John Helliwell (Supertramp), dont les interventions au saxophone et à la clarinette parsèment toute l’œuvre, ainsi que John Hackett et Terry Oldfield qui viennent soutenir l’extraordinaire travail de Stéphane Ducassé aux flûtes.

L’objet est beau, la démarche artistique intègre et jusqu’au-boutiste, la musique d’une incroyable richesse. Toujours organique, vivante, souvent pastorale ou empreinte de nostalgie, elle parle avant tout aux émotions, puis seulement à l’esprit. Plus encore que de posséder cette œuvre majestueuse, acquérir Charles Darwin constitue un acte militant, le soutien à une certaine idée de l’Art, le rejet à la fois d’un élitisme de mauvais aloi, le mépris des considérations bassement économiques et des modes éphémères.

Commentaires 

#1 Jean-Luc 10-08-2012 09:36
Belle chronique, à l'image de ce magnifique objet, et superbe conclusion.
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