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06 Juillet 2012

Alexandra Grimal Quartet

Andromeda

par Mathieu Carré

L'une des dernières fois où le jazz avait puisé dans l'imaginaire collectif de l'antiquité grecque, Louis Sclavis avait ressuscité Ulysse, sirènes et Odyssée avec le superbe Lost on the Way pour une épopée lumineuse. Et c'est avec classe qu' Alexandra Grimal reprend peu ou prou les débats là où le clarinettiste lyonnais les avait laissés : sur une frêle embarcation écrasée par la canicule et juste bercée par quelques grincements et ondulations. Guitare (Todd Neufeld), batterie (Tyshawn Sorey) et contrebasse (Thomas Morgan) rythment la sieste... On s'enfonce, on sombre, le saxophone de la meneuse d'hommes ne se montre pas immédiatement. Et lorsqu'il apparaît, c'est pour apporter la contradiction et la sensualité. Quand Alexandra Grimal souffle, tout l'équipage se meut avec elle, et de cette étrange et stimulante répartition des rôles découle la magnifique singularité d'Andromeda. Souvent minimaliste, parfois squelettique et fragile, la musique du quartet s'épaissit dès que la saxophoniste prend les affaires en main (« Cassiopée »). Capable d'évoluer aussi bien dans un registre charnel et enveloppant que vers des contrées plus arides, sauvages, où l'improvisation de haute lutte règne (« Algieba »), Alexandra Grimal met ses acolytes face à leurs responsabilités. Qu'ils jouent avec elle ou contre elle, elle dirige leurs pérégrinations. Absolument libre mais étonnamment musicale, la rencontre entre la saxophoniste et les trois Américains tient toutes ses promesses. Sans jamais céder à la facilité, la Française exploite les ressources d'une formation classique dans la forme, mais qui aura rarement paru aussi neuve.

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