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07 Juin 2012

Pocket Orchestra

Phoenix

par Christophe Manhès

Par son caractère novateur, son hétérogénéité et sa place dans l’histoire de l’avant-rock, ce très justement nommé Phoenix est une œuvre — en fait une compilation — surprenante. Il aura d’ailleurs fallu beaucoup de temps, peut-être celui de la digestion, pour que les circonvolutions burlesques de cet ex incunable infusent notre cortex vasouillard.

Commençons par le plus simple. Phoenix est un objet précieux que tout collectionneur d’avant-rock se doit de posséder, car il revient à Pocket Orckestra d’être un des premiers groupes américains à avoir abordé l’avant-prog de manière si radicale, bien avant les géniaux Thinking Plague. En conséquence, dans une Amérique généralement peu encline à de tels excès, le groupe ne trouvera pas les moyens de sortir un album studio durant son existence. Il faudra attendre près de vingt-cinq ans pour qu’un label (MIO) prenne enfin l’initiative de publier, sous le titre Knebnagauje, le matériel studio enregistré par Pocket Orckestra. C’est aujourd’hui le célèbre label Cuneiform qui réédite cet album posthume, augmenté d’un second CD de prises « live » inédites. Voilà pour l’histoire.

Du point de vue strictement musical, les choses sont moins évidentes. Dans un style éclaté et burlesque, très « zappaïen » en somme, Pocket Orckestra représente un condensé de tout ce que les adeptes du rock pur malt, toujours un peu réacs, aiment à détester dans l’avant-prog depuis qu’un jour d’octobre 1969 papa Fripp a délivré In the Court of the Crimson King. Il y a dans le travail de ces Américains un degré de complexité et de délire narratif qui défie parfois, il faut bien l’avouer, le bon sens musical, surtout dans la partie correspondant aux premiers enregistrements studios du groupe, ceux de 1978. On retrouve également ce défaut dans le CD live, épuisant à force de ne jamais relâcher sa course frénétique aux breaks disparates. Heureusement, les titres studios composés vers 1982 valent très largement le détour. Plus matures, ils font couler de la burette de Pocket Orckestra un cocktail toujours aussi déglingué, mais cette fois bien plus équilibré, rappelant les vénérables délires des Suédois de Samla Mammas Manna.

Phœnix est indiscutablement un document captivant sur une matière précurseur, et une fois de plus, parfaitement restaurée par l’incontournable Udi Koomran. Mais d’un point de vue émotionnel la musique, parce que trop formelle, semble s’être engagée dans une impasse. D’autres groupes Américains, comme 5uu’s ou Thinking Plague, sauront mieux gérer leur art grâce à une musicalité plus fine et profonde, et des horizons plus larges.

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